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Parole de Vikings

Plus de 1000 ans après la première rune Fé (ou Fehu), la malédiction des Vikings s’est réalisée.

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Ce raccourci mérite quelques explications que je fournis ci-dessous. Mais avant tout, imaginez l’époque, quand la planète était verdoyante et abondamment peuplée d’une infinie diversité d’espèces végétales et animales vivant en harmonie dans un espace minéral et fluvial intact. Il n’y a pas si longtemps ! L’humain y avait sa place et jouait son rôle ni plus, ni moins.

Aujourd’hui la planète est exsangue, des espèces disparaissent par dizaines de milliers chaque année, le climat s’est modifié sur une période anormalement courte entraînant catastrophes naturelles et désertification. En même temps, l’humain est de moins en moins apte à survivre en nature mais de plus en plus puissant pour s’isoler dans un monde artificiel grâce à des technologies aussi redoutables pour l’environnement qu’efficaces pour lui permettre de se répandre et de puiser la totalité des ressources naturelles.

Face à une telle situation, quelques personnes sensées ont compris qu’il est grand temps de réagir car sans la nature nous n’existons pas et la détruire revient tout simplement à nous détruire à plus ou moins brève échéance. Alors on nous dit qu’il faut limiter le saccage des ressources, qu’il faut protéger l’environnement, qu’il faut redonner sa place au sauvage (tout en conservant son petit confort et en assurant des énormes profits aux banques et industries). Que de beaux discours … encore faut-il savoir quelle place accorder à la nature et comment faire ? Le débat est ainsi lancé et on nous parle de cohabitation avec les autres espèces et en particulier avec les grands prédateurs qui sont nos concurrents intraguildes depuis que nous savons chasser et nos ennemis depuis que nous savons cultiver la terre et élever du bétail.

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Si on considère que nos civilisations du progrès technologique et nos sociétés de consommation sont la cause principale de la maladie affectant la planète, alors on doit admettre que certaines zones (moins riches et moins développées) sont moins touchées que d’autres. En particulier, la cohabitation entre vie sauvage et activités humaines marche assez bien dans les pays qui ont su conserver une certaine authenticité des valeurs traditionnelles héritées de leurs ancêtres. Elle est, par contre, en échec total dans les pays où le libéralisme marchand et la modernité ravagent tout sur leur passage pour assurer enrichissement et ludisme.

Cette constatation me donne envie de partir plus de mille ans en arrière, à l’époque des Vikings, et plus exactement à reprendre le vieux poème runique norvégien qui commence ainsi :

« les humains se disputent pour la richesse » / « le loup grandit dans la forêt »

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En fait, il s’agit de la première rune «  » (ou Fehu) et de la strophe correspondante :

« Fé vældr frænda róge » / « føðesk ulfr í skóge »

Il est très intéressant de noter la signification de la rune «  » (ou Fehu) qui est traduite habituellement par le mot « richesse » mais qui, à cette époque, était aussi assimilée au « bétail ».

 

La symbolique est forte et troublante car prémonitoire tant il est vrai qu’aujourd’hui :

« Le loup crève dans ce qui reste de forêt pendant que le troupeau civilisé dévore la planète »

J’ai fait un petit montage vidéo sous Youtube pour illustrer cet article.

 
 

Canis Lupus Moscovitus : chien féral urbain

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Le chien et le loup appartiennent à la même espèce (Canis Lupus) qui est décomposée en une quarantaine de taxons mais il est surprenant de constater que 95 % de ces taxons servent à inventorier 36 sous-espèces de loups et seulement 2 sous-espèces de chiens sauvages (le dingo et le chien chanteur). Un bestiaire scientifique qui se veut représentatif de la faune sauvage ne peut pourtant pas ignorer la multitude des sous-espèces de chiens férals. Il est vrai que ces animaux redevenus sauvages perturbent le dogme écologique et qu’on préfère les classer dans la catégorie des chiens parias plutôt que de les étudier.

Ceci étant précisé, en sciences comme dans tout commerce, il existe des modes et des lobbies : Qui voudrait financer des programmes de recherche pour valoriser ces corniauds considérés comme laids et inutiles par les bobos occidentaux nostalgiques de pureté ? On préfère satisfaire ceux qui utilisent la Nature comme business (paysans et bergers) et qui, pour quelques poules ou moutons perdus, voudront exterminer ces monstres à quatre pattes … ils trouveront toujours quelques scientifiques peu scrupuleux pour les soutenir et prouver que le chien féral est nuisible et invasif.

Dans ce contexte, il n’est pas facile de trouver un chercheur à la fois compétent dans le domaine et objectif, qui présente le chien féral positivement d’un point de vue écologique. Ne trouvant rien de vraiment sérieux dans les revues anglo-saxonnes, c’est dans les revues éditées en langue Russe que j’ai pioché des articles pertinents et suffisamment documentés pour en extraire des informations consistantes que je présente ci-dessous.

Poyarkov

En fait, je me suis inspiré des publications et des ouvrages édités par Andrei D. Poyarkov : un biologiste moscovite spécialiste des loups et de l’éthologie des canidés en général. Né en 1953, il étudie (depuis 1979) le comportement des « chiens sans maître » vivant dans les rues de Moscou et il a publié une thèse doctorale sur «l’organisation sociale des chiens errants» en 1992 (*). Il a poursuivi ses recherches sur le terrain dans différentes régions de l’ex-URSS (Europe et Asie), de la Mongolie et de la Chine ce qui lui a donné une grande notoriété dans son domaine. Directeur de Recherche à l’Institut Severtzov d’Écologie et de l’Évolution (A. N. Severtzov Institute of Ecology and Evolution, Russian Academy of Sciences, Moscow), il est responsable de plusieurs programmes internationaux et membre de différents groupes d’experts pour l’étude des populations, de l’organisation sociale et de l’écologie comportementale des canidés et des grands félins.

(*) Titre exact : Социальная организация бездомных собак в городских условиях
« Organisation sociale des chiens errants dans un environnement urbain »
Thèse doctorale présentée le 03.04.1992 en Zoologie (Institut A. N. Severtzov à Moscou)

L’expérience de ce chercheur est unique et fondamentale pour comprendre l’évolution et l’écologie du chien féral. D’autant plus que ses résultats s’opposent très largement aux études scientifiques occidentales dont la connotation discriminatoire et le parti pris sont indéniables. L’expertise de Poyarkov est pourtant incontestable et ses compétences sur un grand nombre de prédateurs comme le loup mais aussi des espèces rares (Coordinateur du programme WWF pour l’Étude et la Conservation du Léopard des neiges en Russie de 1998 à 2000, Membre de l’Association Theriologique rattachée à l’Académie des Sciences Russe – groupe spécialistes des canidés – de 1990 à 2010, Secrétaire Scientifique des experts Russes auprès de l’UICN pour la liste rouge des espèces menacées) lui permettent d’avoir un avis pertinent et très circonstancié dans son domaine. Par ailleurs, il est un des rares scientifiques à avoir effectivement observé des chiens ensauvagés en grand nombre et sur une longue période, même si leur environnement restait essentiellement en milieu urbain.

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Andrei Poyarkov étudie les chiens errants de Moscou depuis presque 40 ans et il a constaté que leur apparence et leur comportement ont évolué sur cette période jusqu’à constituer une espèce (*) à par entière. Plus précisément, presque tous ces chiens sont nés dans la rue et il forment des groupes homogènes à tel point que tout intrus (chien de propriétaire abandonné par son maître ou échappé) n’a pratiquement aucune chance de s’adapter ou de s’intégrer. De même, la sélection naturelle est telle que moins de 3 % des chiots atteignent l’âge adulte : Pour survivre le chien féral moscovite a vraiment besoin d’être le mieux adapté possible à cette niche écologique urbaine très particulière.

(*) Biologiquement, une espèce est définie comme un ensemble d’êtres vivants se ressemblant morphologiquement et génétiquement, capables de se reproduire entre eux dans des conditions naturelles (c’est-à-dire hors influence humaine). Les trois caractéristiques fondamentales pour une espèce en relation avec son environnement sont : une aire de répartition, un habitat (qui lui assure abris et nourriture) et une niche écologique (pour assurer la coexistence des différents groupes dans le même habitat où chacun pourra jouer son rôle).

Il estime le nombre de chiens férals moscovites à 30-35000 individus actuellement (ils étaient environ 25000 en 1997) et affirme que cette population canine est auto-régulée principalement à cause des quantités de nourriture limitées. Ce chiffre représente une densité moyenne de 20 à 25 chiens par km² dans le périmètre de Moscou avec une forte variabilité entre le centre ville, les zones industrielles et les parcs et forêts. Il précise que certains experts ont estimé cette même population à un demi-million, ce qui est tout simplement un non-sens. Selon Poyarkov, le nombre actuel est un maximum qui ne sera pas dépassé et c’est pour cela que très peu de chiots atteignent l’age adulte.

Contrairement à de trop nombreux experts en canidés, qui sacralisent les sous-espèces lupines de Canis Lupus, Poyarkov considère le loup comme un autre chien sauvage et analyse les différences qui le distinguent du chien féral.
La principale différence, dont découlent toutes les autres, est liée à la densité d’occupation géographique : 35000 chiens errants vivent dans la seule mégapole moscovite alors que 55000 loups se répartissent dans toute la Fédération de Russie. Or la densité des populations détermine la fréquence de contacts des animaux entre eux, ce qui affecte directement leur comportement, leur psychologie, leur résistance au stress et, finalement, leur attitude vis à vis de l’environnement.
Ainsi, les chiens sont beaucoup plus tolérants les uns par rapport aux autres et ils ont tendance à être moins agressifs que les loups. Les règles entre les meutes sont aussi influencées par la plus ou moins grande proximité : chez les loups chacun respecte strictement son territoire alors qu’une meute de chiens peut chercher à dominer une autre meute, les chefs de meute se surveillant mutuellement, certains pouvant même parfois se joindre temporairement à une meute voisine.
Suite à ses observations, Poyarkov a constaté que le leader de la meute la plus respectée n’est pas nécessairement le plus fort ou le chien le plus dominant mais le plus intelligent et il est reconnu comme tel par tous les autres chiens. La survie de sa meute en dépend.

Actuellement, les chiens errants moscovites sont dans un stade intermédiaire entre chiens domestiques et loups, qui correspond à la première phase d’un retour à la vie sauvage. Ce processus n’est plus réversible. En particulier, la domestication d’un chien errant est quasi impossible et son incarcération dans un local fermé serait pour lui insupportable.

Poyarkov rappelle que, génétiquement, loups et chiens sont presque identiques. Les différences substantielles entre les 2 sous-espèces étant uniquement dues à la domestication qui a modifié un certain nombre de paramètres hormonaux et comportementaux. C’est donc la domestication et la sélection anthropique qui ont changé les animaux en les rendant essentiellement moins agressifs. Il fait référence aux travaux du biologiste soviétique Dimitri Belyaev, qui avait fondé (vers 1950) un centre de recherche pour l’étude du renard argenté à Novossibirsk. Belyaev voulait tester sa théorie selon laquelle le principal effet de la domestication sur les renards était une diminution de leur agressivité. Belyaev a d’abord sélectionné les renards qui avaient le moins peur des humains puis il les a fait se reproduire. En 10 à 15 ans, les nouvelles progénitures firent preuve d’affection vis a vis de leurs gardiens : elles aboyaient pour qu’ils s’approchent, remuaient la queue et mettaient leurs oreilles en arrière (parfois même elles les léchaient). Par ailleurs, des taches ont commencé à apparaître sur leur pelage : c’était une réaction inattendue associée, en fait, à une réduction du niveau d’adrénaline, lui-même lié au niveau de mélanine qui contrôle les processus de pigmentation.

Pour Poyarkov, le processus d’ensauvagement observé chez le chien féral moscovite est exactement l’inverse du processus de domestication décrit par Belyaev. Autrement dit, le chien errant de Moscou est plus sauvage et plus agressif que le chien domestique (mais moins que le loup). Il remarque, d’ailleurs, que les chiens errants remuent rarement leur queue et ont peur des humains (ne leur témoignant aucun forme d’affection). Enfin, leur pelage est de couleur fauve sans aucune tache de coloration très pigmentée.

Le premier à avoir écrit sur les chiens errants de Moscou est le célèbre journaliste Vladimir Gilyarovsky, dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais Poyarkov considère qu’ils existent depuis aussi longtemps que la ville existe. Ceci dit, il faut distinguer plusieurs catégories de chiens errants car, contrairement au loup, ils sont capables de s’adapter à de multiples niches écologiques sur un même territoire. C’est ce qui explique leur grand nombre (très supérieur à celui du loup) mais c’est aussi ce qui explique un certain polymorphisme, qui est fonction de la diversité des niches écologiques exploitées et donc des traits du comportement associés. La multiplicité des niches offre plus de ressources et plus d’opportunités de survie, ce qui conduit le biologiste Russe à distinguer quatre catégories de chiens errants (associées à quatre niches) selon leur capacité à approcher les humains et leur façon de se nourrir. Il est intéressant de constater que ces catégories vont du « domestique » au « sauvage ». Nous les présenterons dans cet ordre.

Première catégorie : Ceux-là sont restés très proches des humains. Ils occupent les parkings, les entrepôts, les hôpitaux ou toute infrastructure urbaine clôturée et gardée. Ils obtiennent de la nourriture de la part des personnels (en particulier des gardiens, Poyarkov les appelle « chiens de garde » pour cette raison) et ils aboient quand un intrus approche.

Deuxième catégorie : Ce sont les « chiens mendiants ». Ils vivent en petites meutes et savent repérer les passants qui leur donneront à manger. Si le chien est intelligent et qu’il ne reçoit pas assez de nourriture de la part du chef de meute, alors il quittera le groupe pour chercher seul sa propre nourriture (il aura appris à mendier en observant ses congénères).

Ces canidés semi-férals sont commensaux de l’humain mais, contrairement aux chiens domestiques, ils ne pourraient pas appartenir à un seul propriétaire. Ils vivent en meutes et leur organisation sociale complexe est parfaitement adaptée à la niche écologique qu’ils occupent. Ils sont libres et difficilement adoptables. Leur imagination est sans limite et ils utilisent plusieurs techniques pour mendier sans effrayer les gens, comme par exemple envoyer les plus petits chiens quémander ou bien se rapprocher discrètement d’un passant qui grignote et lécher les miettes tombées au sol espérant recevoir un plus gros morceau. Ils sont observateurs et apprennent vite. Par exemple, ils savent traverser la rue comme les piétons en respectant les feux de signalisation (étant donné que les chiens ont une vision dichromatique, on pense qu’ils repèrent d’autres indices tels que les formes ou les positions des signaux changeants). Mais ils sont aussi « psychologues » : Ils savent reconnaître le comportement d’un humain qui acceptera de leur donner un bout de nourriture et ils choisiront la technique la mieux adaptée à la situation. Ils ont aussi compris comment se faire accepter et surtout ne pas déplaire aux passants : Ils ne se montrent jamais agressifs, souvent affectueux et même leur défécation ne dérangent personne car ils cherchent des endroits loin des zones de passage. Les moscovites considèrent que ces chiens errants font partie de leur ville et beaucoup de gens acceptent de les nourrir. Certaines personnes vont même construire des abris de base pour eux en hiver. En tout cas, ils sont au moins tolérés par la plus grande majorité des Russes.

Il existe une sous-catégorie de « chiens mendiants » très révélatrice de leur niveau d’intelligence : Ce sont les « chiens du métro de Moscou ». Ils sont apparus à la fin des années 1980 au cours de la Perestroïka. Il y avait plus de nourriture, les gens vivaient mieux et l’habitude de nourrir ces petits vagabonds s’est progressivement mise en place. Il y aurait environ 500 chiens qui se réfugient dans les stations de métro de la capitale, notamment en hiver, et quelques dizaines d’entre eux « savent prendre le train ». Au début, c’était pour eux un moyen d’étendre leur territoire mais c’est devenu un mode de vie, une nouvelle niche écologique. Andrei Neuronov, un autre biologiste Russe spécialiste du comportement animal, explique : « Ces chiens savent où ils sont par l’odorat, ils reconnaissent le nom de la station annoncé par les haut-parleurs et ils ont appris les cycles de la semaine en adaptant leur horloge biologique. Par exemple, si vous venez tous les lundis nourrir l’un d’eux, il aura enregistré la station, le jour et l’heure de votre visite et il sera au rendez-vous ».

Troisième catégorie : Il s’agit des « chiens détritivores ». Ces canidés presque sauvages ont très peu de contacts avec les humains dont ils se méfient (ils fuient les rues très passantes ou trop animées) mais ils dépendent des infrastructures urbaines dans lesquelles ils fouillent les déchets. Ainsi, ils trouvent leur nourriture principalement dans les ordures et dans les poubelles. À l’époque soviétique, il y avait peu de détritus alimentaires dans les rues, ce qui limitait le nombre de ces chiens (d’autant plus que l’État organisait des rafles pour les exterminer en masse) mais avec l’avènement de prospérité post-soviétique, leur nombre a nettement augmenté (les autorités sont aussi plus tolérantes avec ces animaux et les rafles ont cessé).

Quatrième catégorie : Cette catégorie regroupe des chiens complètement indépendants de l’humain et de ses activités. C’est la plus intéressante sur le plan écologique puisqu’elle correspond à une émancipation totale de la domestication et à un véritable retour à la nature (ici en milieu urbain). On pourrait parler d’une sous-espèce à part entière et la nommer Canis Lupus Moscovitus (puisque son aire de répartition est limitée à la périphérie de Moscou). Poyarkov l’appelle plus simplement catégorie des « chiens sauvages ».

Les gens considèrent ces chiens comme dangereux car ils ne les connaissent pas et de nombreuses rumeurs injustifiées circulent à leur sujet. En réalité, ces chiens, qui contrôlent la majorité de leur territoire, sont effectivement des prédateurs mais ils chassent essentiellement les souris, les rats et parfois les chats. Ils peuvent s’approcher du centre ville mais, la plupart du temps, ils restent à proximité des complexes industriels et dans les parcs forestiers de l’agglomération moscovite. Ce sont des animaux nocturnes qui sortent dans les rues lorsque celles-ci sont désertées.

Ces évidences n’empêchent pas certaines associations de défense d’une « Nature sacralisée à leur goût » d’accuser les chiens férals moscovites de tuer cerfs, daims et écureuils dans le parc national de Lossiny Ostrov (situé en partie sur le territoire de la ville de Moscou et en partie sur celui de l’oblast de Moscou). De même, certains militants des droits des animaux accusent les chiens errants de se jeter sans pitié sur les chats dans le centre de la métropole.

Poyarkov a mené de nombreuses études sur ces sujets avec ses collègues, spécialistes de la faune sauvage et des canidés à l’Institut d’Écologie Severtzov. Le chercheur est catégorique : Il n’y a pas de cerfs aux abords de la ville et les chiens errants ne tuent ni les cerfs, ni les daims, ni les grands animaux en général. Il explique que les cervidés ont été éliminés par les chiens de propriétaires et par les braconniers et que ceux qui ont été repérés à Abramtsevo (au nord de la ville) avaient été attirés dans ce secteur pour mieux les piéger. Il précise aussi qu’il y a plus de 600 mille chiens domestiques dans la région alors que les chiens errants ne dépassent pas 35 mille et que, bien sûr, le nombre de chiens férals est encore bien inférieur.

Concernant le danger vis a vis de l’humain, il est plus faible avec les chiens errants qu’avec les chiens de propriétaire. Le danger est même complètement nul avec les « chiens mendiants » qui ne mordent jamais (les passants ne devraient pas en avoir peur). Quant à la troisième et surtout la quatrième catégorie, ce sont des animaux sauvages qui fuient naturellement l’humain mais il faut, évidemment, respecter leur liberté et éviter de s’en approcher par force (en particulier, si vous cherchez à leur tendre la main, vous envahissez leur territoire et il le protège).

Enfin et pour répondre aux prétendus défenseurs du droit des animaux qui veulent (pourtant) détruire les chiens sauvages moscovites, Poyarkov répond qu’alors d’autres chiens férals (venus d’ailleurs) occuperont l’espace à leur place et que ceux-là seront moins bien adaptés puisqu’ils ne connaîtront pas l’environnement de leur nouveau territoire. Dans ce cas, des agressions seraient inévitables, non seulement avec leurs concurrents locaux survivants mais, peut-être aussi, avec l’humain qui chercherait à les chasser. Éliminer une sous-espèce sauvage qui occupe un territoire en harmonie avec les autres espèces est irresponsable et les conséquences sont toujours un déséquilibre préjudiciable à l’écosystème. On peut citer l’exemple de l’Angleterre où, suite à l’extermination des chiens errants, les renards (bien moins adaptés aux conditions urbaines) sont venus en masse. On peut aussi citer l’Allemagne où les ratons laveurs sont nettement surnuméraires depuis le IIIème Reich, notamment suite aux bombardements alliés ayant détruit tous les chiens errants qui rôdaient autour de Berlin. À Moscou, ce ne seraient sans doute ni les renards, ni les ratons laveurs qui prendraient la place des chiens mais les rats. Ces rongeurs omnivores sont très résilients et réactifs à la disponibilité d’un espace : Dès qu’un rival disparaît de son territoire, leur nombre augmente instantanément. Ils sont très prolifiques : un couple peut produire jusqu’à deux mille individus par an car leurs progénitures se reproduisent entre elles. Les rongeurs sont les plus résistants à l’éradication des animaux par l’humain. Par exemple, avant les Jeux Olympiques-80, lorsque la capitale a été « nettoyée » des rats mais aussi des chats et des chiens vagabonds, les rongeurs ont retrouvé très vite leur capacité d’envahissement et le manque de prédateurs à fortement accélérer ce processus.

L’Homme est tout de même un animal étrange. Il a construit un monde à son goût pour satisfaire ses propres besoins (et surtout ses caprices) au détriment de la vie sauvage. Il a civilisé les peuples, il a anthropisé les espaces, il a domestiqué des animaux, il en a chassé d’autres, certains jusqu’à l’extinction. Aujourd’hui, il sacralise cette Nature qu’il a tellement massacrée. On entend même parler de rewilding, de retour au sauvage. On sent, derrière tout ça, une certaine nostalgie du passé comme si une certaine mode écologique consistait à vouloir retrouver la nature de ses ancêtres. Et là, dans le cas du chien qui est en train de s’ensauvager et de retourner naturellement vers son ancêtre Canis Lupus, l’Homme monte sur son piédestal et appelle à l’éradication de ce canidé sauvage comme il appelait à l’éradication du loup autrefois.

Vraiment, est-ce que l’Homme moderne est sérieux ?

Rendons-nous à l’évidence, gardons les pieds sur terre, le retour au passé est impossible et ce monde idéal où l’humain pourrait vivre en harmonie avec une nature sanctuaire, vierge et pure comme dans les fables pour enfant est à la fois utopique et peu souhaitable car nous disparaîtrions aussi vite qu’un animal dégénéré surnuméraire. La petite maison dans la prairie, c’est pour faire rêver les enfants de ce que serait le monde si l’humain était resté modeste mais la réalité est bien différente : nous sommes adaptés à des mégapoles aussi tristes qu’un désert de béton. Alors laissons pousser les quelques arbres qui réussissent à percer l’asphalte, laissons se développer les parcs et autres réserves naturelles et arrêtons de réduire sans cesse ces espaces de liberté. Respectons les chiens férals qui servent à nettoyer la ville et à contrôler les populations de rats ou autres animaux trop prolifiques. Ce sont les prédateurs les mieux adaptés au monde qu’on a créé, laissons les libres et ne cherchons pas à les réguler, ils le font très bien tout seuls. Continuons à protéger les loups mais ils faut bien admettre qu’ils ne font plus partie de notre monde anthropique qui s’agrandit chaque jour un peu plus. Leur place est dans les grands espaces sauvages et surtout dans les forêts non morcelées … il en reste si peu !

 

À propos de la dangerosité des chiens férals

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La dangerosité chez le chien n’est pas génétique mais comportementale : il s’agit d’un caractère acquis (et non pas inné) dû aux effets d’un environnement construit (et non pas naturel). De ce point de vue, nos civilisations ont créé des monstres, même si la plupart ont l’air bien sympathiques. Plus généralement et depuis que l’Homme veut réinventer le monde, on constate une dégénérescence du sauvage par domestication. Il en va du cochon, du chien comme de l’humain.

Le sujet est tabou, pourtant Konrad Lorenz ose publier (en 1940) un article faisant une analogie entre « animal domestique » et « humain civilisé » basée sur trois caractéristiques essentielles à l’équilibre des espèces : (1) l’alimentation, (2) la sexualité, (3) la maturité. Dans les deux cas, il met en évidence (1) un manque de contrôle des mécanismes de l’appétit pouvant entraîner l’obésité, (2) des problèmes de régulation de la sexualité et une hypersexualisation, (3) une régression infantile (les adultes se comportant comme des individus sauvages immatures ayant une forte attirance pour le jeu).

Dans le cadre de cette réflexion sur la dangerosité, c’est surtout le 3ème point qu’il faut analyser. En terme scientifique, on parle de pédomorphisme qui serait induit par une forme d’auto-domestication du sauvage : « Le pédomorphisme est défini par la rétention d’un caractère juvénile lors de la maturité. Il résulte d’une réduction des taux de changements lors du développement, c’est-à-dire que l’adulte traverse moins d’étapes au cours de sa croissance et qu’il ressemble à un stade juvénile de son ancêtre. »

Concernant notre ami canin, nous pouvons dire que, à cause de ce pédomorphisme, un chien domestique adulte se comporte exactement comme un louveteau et pas du tout comme un loup adulte. En particuliers, il n’est pas vraiment prédisposé à chasser pour se nourrir et s’il semble parfois chasser en courant derrière un lapin ou un mouton, c’est uniquement par jeu (éventuellement exacerbé par son maître !). D’ailleurs, s’il tue l’animal, il ne le mangera pas mais cherchera à en tuer d’autres et ceci sans aucune limite puisque rien n’auto-régule ce comportement purement ludique. Il y a probablement aussi une forme d’atavisme dans ce simulacre de prédation (s’exprimant de manière variable selon les individus et leur environnement) mais il est certain que le chien domestique n’est pas capable de faire le lien entre la mise à mort et la consommation de sa proie.

C’est hélas ce qui explique le fait que les chiens domestiques divagants (échappés ou laissés libres de vagabonder par leurs propriétaires et donc généralement bien nourris), occasionnent des dommages bien plus importants sur le cheptel domestique que les loups sauvages qui tuent juste pour manger et uniquement des bêtes faibles ou malades (sauf exceptionnellement quand il faut revigorer la meute et que la louve alpha désigne alors un ongulé sain).

La dangerosité de canis lupus et le danger potentiel qu’il représente pour la biodiversité étant liés à sa domestication, il est fondamental d’étudier le processus d’ensauvagement (évolution à l’envers) du chien féral qui, après quelques générations hors influence humaine, perd la plupart des caractères acquis incriminés.

Il est anormal que cette sous-espèce ne soit pas distinguée de familiaris (son ancêtre domestique) dans la classification taxinomique puisque son comportement est radicalement différent et qu’il occupe une niche écologique à part entière. Encore plus diabolisé que le loup n’a jamais été, réduit au rang d’animal maléfique et nuisible, son image est trop souvent rattachée à la déchetterie de nos civilisations. Il est devenu le bouc émissaire idéal désigné par tous les acteurs de nos sociétés bien pensantes : aussi bien par les défenseurs de la nature (qui l’accusent de nuire aux autres prédateurs sauvages) que par les exploitants de la nature (qui l’accusent de détruire leur source de profit).

Dans son article « Entre domestique et sauvage : le cas du chien errant. Une liminalité bien dérangeante », Sophie Bobbé écrivait : « Le chien errant reste encore aujourd’hui le grand absent du bestiaire local. Tandis qu’ours et loup ont la vedette, le chien errant ne semble pas mériter de tenir le premier rôle. De ses actes, on ne parle pas. Simple argumentaire dans la prose journalistique, on le découvre parfois au détour d’une chronique consacrée au loup. Et c’est toujours dans une perspective comparatiste que ses méfaits sont mentionnés (…) Il s’agit alors de dénoncer ses prédations (…) ou encore de démasquer les « pro-loups » qui ne manquent pas d’utiliser le chien errant comme faire-valoir de leur protégé (…) Dans ce cas, on s’en doute, le chien errant est d’une grande utilité … – Les chiens errants et la foudre sont les causes les plus dangereuses de la destruction des troupeaux – (propos de Benoît Goossens, responsable de la section Isère du Groupe Loup, rapportés par Andrée Couturier dans Chasse gestion, n° 77, 1998, p. 59) . »

Il existe bien quelques études qui (pour disculper le loup) montrent que l’essentiel des problèmes causés sur les troupeaux est lié à la divagation des chiens domestiques de voisinage (des résidents, des touristes, des fermiers, des chasseurs, des bergers) et très rarement aux chiens férals mais la communauté scientifique n’est pas assez catégorique sur ce sujet et de trop nombreux articles restent ambigus voire contradictoires, ce qui crée une grande confusion et banalise l’abattage systématique des chiens ensauvagés considérés alors comme nuisibles et dangereux.

 

Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage

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Agri-business, Ecolo-business, Charity-business : Quand l’argent coule à flot, il y en a pour tout le monde. Même les Associations, même les Scientifiques se prêtent au jeu de la désinformation et de la délation. Qui oserait contester ces prétendus experts (aidés par leur corporatisme et leurs fameuses revues scientifiques avec comité de lecture) qui ont pignon sur rue ? Qui oserait douter de ceux qui se présentent comme les défenseurs ou les protecteurs de la Nature ? Pourtant, il faut bien reconnaître qu’on nous ment depuis trop longtemps et qu’on nous prend pour des ignorants incapables d’observer et de penser. Hier, c’était les renards qui se faisaient massacrer sur la base de faux arguments scientifiques. Aujourd’hui, ce sont les chiens férals qui sont accusés de tous les vices et condamnés à l’avance par le législateur, livrés à la vindicte populaire et à la folie meurtrière des chasseurs psychopathes. Pour justifier cette forme de zoocide, des chercheurs (surtout américains mais aussi quelques italiens) n’hésitent pas à publier des articles très sérieux, dans des revues très recommandables, alors qu’ils ne savent même pas distinguer un chien féral d’un chien de propriétaire échappé ou divagant. On retrouve toujours derrière ces manipulations (plus médiatiques que scientifiques) une connotation raciste ou spéciste et c’est bien sur ce terrain qu’il faut s’opposer à ces imposteurs associatifs ou scientifiques en les mettant face à leurs responsabilités. Ces gens voudraient créer une Nature à leur goût (par fanatisme) ou au goût de leurs financeurs (par intérêt). Dans les deux cas, ces gens sont dangereux. Appelons les choses par leur nom : ils font de l’eugénisme et ils entraînent avec eux des millions de « bénis oui oui » en extase devant certains clichés. Amis des loups, ne tombez pas dans ce piège … chiens et loups sont la même espèce ! Aucune forme d’intelligence humaine ne doit entraver les équilibres naturels et la concurrence intraguilde. La notion d’espèce invasive est une stupidité anthropocentrique inventée par nos civilisations dites du progrès pour se disculper du désastre écologique qu’elles ont créé.

Afin d’éviter toute diffamation sur un sujet aussi sensible qui concerne des chercheurs renommés et des organismes reconnus vierges de tout soupçon, je ne citerai aucun nom propre ni aucun acronyme suspects. Je me contenterai de « déterrer » deux vieux articles (extraits du Républicain Lorrain pour le Luxembourg) qui dénonçaient (il y a 30 ans) le scandale de la désinformation scientifique pour justifier l’extermination des renards.

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Arrêtez le massacre !

Archive du Républicain Lorrain (5 août 1986)

Jamais on n’a autant lutté contre la rage. Et jamais elle ne s’est mieux portée. Jamais on n’a tué autant de renards (et des milliers d’autres animaux avec) et jamais la rage n’a autant progressé. C’est que les deux – la tuerie et la rage – sont liées, l’une entraînant l’autre ! Cela peut paraître aberrant à première vue, cela est paradoxal en effet, mais c’est un fait : tuer les renards aide la rage, aide à la propager, à l’entretenir, à la répandre de plus en plus. Les faits sont là : depuis une vingtaine d’années en Europe occidentale, les renards sont persécutés sans merci : par millions, ils ont été gazés, piégés, empoisonnés, abattus, piétines à mort (les renardeaux au sortir de leurs trous…). Et simultanément, la rage n’a cessé d’avancer comme jamais dans toute son histoire.

C’est que la lutte contre la rage au moyen dudit massacre est basée sur une théorie erronée, américaine, des plus vagues et scientifiquement contestable. Mais voilà, les seuls à l’avoir contestée dès les débuts, c’est une poignée d’idéalistes, dont les voix criant dans le désert ont été étouffées par les lobbies autrement puissants des chasseurs et de «l’agribusiness», sans compter tous les marchands qui profitent de la tuerie : les fabricants de pièges et de gaz, d’armes et de munitions, les marchands de fourrures et les collectionneurs de primes. A ce propos, dénonçons la récente, scandaleuse augmentation de ces primes (de 250 à 1 .000 F), mais aussi le silence, l’absence totale de protestations de la part de nos officiels protecteurs des animaux et de la nature à ce sujet.

Un mot sur «l’agribusiness», le lobby paysan, dont la mention a pu étonner dans ce contexte. Or, son rôle est essentiel dans toutes les campagnes véritablement hystériques qui ont été menées pour justifier la tuerie (écologiquement désastreuse). En effet, la rage ne constitue guère un danger pour l’homme. Personne n’en est jamais mort dans notre pays, et le dernier cas mortel en France remonte à 1923 (à part deux cas importés hors d’Europe). Malgré cela, la grande presse réussit à faire croire à plus d’un que, s’il ose se promener dans les bois, il risque d’en sortir l’écume à la bouche, prêt à mordre enfants et voisins (!). Le Moyen Âge, quoi !

Comme danger dans les bois, il y a plutôt les chasseurs qui en sont un, vu les centaines d’accidents de chasse d’année en année (583 morts entre 1970 et 1980 rien qu’en France). Et qu’en est-il du champignon mortel, l’amanite phalloïde (des centaines de morts), où restent les mesures énergiques contre ce danger réel, lui ? Pour ne pas comparer l’hécatombe sur les routes (16.000 morts par an en France) et la timidité des mesures à cet égard avec le déploiement des campagnes coûteuses, tapageuses, disproportionnées dans le cas du pauvre goupil.

Vacciner le bétail

Le fait est que la rage menace avant et par-dessus tout le bétail des pâturages. C’est ce bétail qu’il s’agit de sauvegarder – en tuant des renards au lieu de vacciner les vaches, logique, car tuer des renards ne coûte rien aux paysans et deuxièmement, fait plaisir aux chasseurs, dont la plupart ne voient dans ces bêtes que des rivaux, des «nuisibles». Or, l’arrêt de la stupide destruction des renards permettrait probablement le remboursement des frais du vaccin pour bovins et ovins n’étant pas en stabulation fermée. Et les utiles renards pourraient continuer à croquer des souris (mulots) à leur rythme habituel de 6.000 (!) par an, sans compter les charognes, les bêtes vieilles et malades, puis des fruits et des insectes, le menu vulpin normal.

Comme chiffres intéressants, ajoutons encore les suivants : sur 100.000 renards tués en France dans les années 70, seuls 791 avaient la rage (et seulement 34 chiens sur 481 tués parce que soupçonnés d’être enragés…). Il serait vraiment intéressant de connaître le nombre de renards enragés sur les deux mille tués annuellement au Grand-Duché ; le trou d’information du public à ce sujet est remarquable. Autres questions qu’on peut se poser en toute logique : pourquoi donc personne n’a-t-il

jamais proposé de vacciner le bétail au pâturage ? Et pourquoi la vaccination obligatoire n’existe-t-elle que pour les chiens et non pour les chats, malgré le fait que ces derniers se baladent beaucoup plus librement ? Que d’incohérence dans la soi-disant lutte contre la rage ! Que de sordides intérêts mal déguisés plutôt que le fameux souci de la vie humaine. Et que de bon sens et de sincérité au contraire, chez les adversaires du massacre, les idéalistes mentionnés plus haut, tels les membres du ROC (1) et de l’ARAP (2).

Les amis du renard

ARAP, ces initiales signifient : Amis du Renard et Autres Puants, ce dernier terme désignant en bon français le petit gibier ! Leurs «amis», ce ne sont nullement de ces âmes charitables, aussi ignorantes que sentimentales, mais des vétérinaires, des médecins, des pharmaciens, des professeurs, des journalistes; le comité comprend des savants connus tels Théodore Monod, Claude Lévi-Strauss, René Dumond, J.-J. Barloy. Ensemble avec le ROC (Rassemblement des Opposants à la Chasse), qui compte parmi les membres de son comité de soutien Alain Bombard, Martin Gray, Brice Lalonde, Marguerite Yourcenar, ces hommes dénoncent depuis ses débuts l’absurde massacre des renards, mais aussi celui de millions d’autres représentants du petit gibier, victimes de la soi-disant lutte contre la rage, tels les paisibles blaireaux, les putois, belettes, hermines, martres, fouines, toutes ces bestioles éminemment utiles écologiquement, mais classées «nuisibles» grâce au lobby des chasseurs et donc chassées impitoyablement toute l’année. Or, cela aussi sert la rage.

Des observations

Voyons donc de plus près les affirmations de l’ARAP et du ROC qui se recoupent d’ailleurs avec les observations faites par le CNER (Centre National d’Etudes sur la Rage, France).

1) Le renard est un animal bien tranquille, sédentaire, peu enclin aux longs voyages, mais attaché à son terrier et à son territoire.

2) Depuis toujours la rage a apparu soudainement et, après une phase «explosive», s’est éteinte d’elle-même pour reparaître au bout de 4 – 5 ans, qu’on ait détruit ou non les renards. Leur destruction est donc inutile.

3) Mais la chasse effrénée qu’on leur fait depuis les années 60 a servi à déloger les survivants de leurs terriers et à la forcer à l’émigration, les dispersant de plus en plus vers l’Ouest et le Sud, d’où extension, propagation de la rage.

4) En outre, la diminution des renards dans une zone déterminée augmente la fertilité des femelles, ce qui annule et compense la destruction.

5) En plus, la destruction des autres puants prétendus «nuisibles» diminue le nombre de rivaux alimentaires des renards, accroît donc le nombre de leurs proies disponibles (rongeurs) et par conséquent le nombre des renards … un cercle vicieux, un bain de sang interminable et absurde !

Conclusion et mesures à prendre

La destruction des renards étant inutile dans la lutte contre la rage, il faut l’arrêter et la remplacer par la vaccination des renards, des chats, des chiens ainsi que des bovins et ovins au pâturage. Il faut enfin protéger les mustélidés (belettes, hermines, etc.) et essayer de limiter la multiplication des rongeurs. Enfin, il s’agit d’informer honnêtement le public, l’invitant à la prudence sans le faire paniquer.

Une campagne de vaccination

Ces choses ont été dites et redites depuis des années dans ce pays, dès 1978, dans une monographie détaillée parue au Letzeburger Land (N° 38). De même la thèse, selon laquelle le massacre des renards sert surtout à propager la maladie en dispersant les survivants, a été exposée en 1981 à Luxembourg par le Dr Eric Zimen, expert ès-loups et renards en Allemagne, conférencier invité par le Mouvement écologique. Malgré cela, le massacre a continué. L’an dernier, des projets de vaccination furent annoncés (comme déjà en 1982, d’ailleurs …), mais la tuerie impitoyable, insensée n’a pas été arrêtée pour autant, au contraire, les primes ont été augmentées (!).

Maintenant, une grande campagne de vaccination est censée débuter à la mi-septembre (voir Journal du 15 mai), mais si l’annonce de l’abolition de la prime (ENFIN !) ne peut que réjouir le lecteur, ce dernier croit avoir la berlue en arrivant à la fin de l’article, où il apprend que, une fois la vaccination terminée, autant de renards que possible seront abattus, afin que les effets de cette opération puissent être analysés ! Tout comme si ces effets n’avaient pas été contrôlés et analysés à l’étranger déjà, tout comme si nos renards pouvaient présenter quelque immunité bien luxembourgeoise au vaccin. Se pourrait-il qu’il y ait eu erreur dans la transmission, dans la formulation, quelque malentendu? Dans ce cas, c’est aux responsables de l’action de préciser leur pensée et leurs intentions. La campagne de vaccination sera-t-elle suivie d’un nouveau bain de sang, oui ou non ?

Mais, indépendamment de toute opération de vaccination des renards, indépendamment de son succès ou de son échec, ce qu’il faut exiger, c’est la fin de la tuerie, car elle est inutile et elle est contre-productive, elle sert la rage au lieu d’y mettre fin. Qu’on arrête enfin la chasse sans relâche, toute l’année, aux renards et aux mustélidés. Qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse se débrouiller entre eux (en prenant les précautions évidentes quant aux humains, aux chiens, aux chats et au bétail). Voilà le seul chemin raisonnable, et tant pis pour les nemrods, les collectionneurs de primes et les marchands de fourrure.

(1) ROC (Rassemblement des Opposants à la Chasse), Maison de la Nature, 23 rue Cosselet, Lille 59000.

(2) ARAP (Amis des Renards et Autres Puants), c/o Dr Vét. Christian Bougeral, 50 rue Molitor, Paris 76016.

Il y a rage et rage

Archive du Républicain Lorrain (9 novembre 1986)

Une mise au point s’impose à l’égard de la rage, vu la confusion et la peur (souvent excessive) créées et entretenues à ce sujet en Europe occidentale depuis une vingtaine d’années.

Tout d’abord, la rage dont on parle tant et dont le renard est le principal vecteur (et la principale victime, pauvre bête), c’est la rage sylvestre ou vulpine (des renards), non la rage canine (des chiens). Or, c’est contre la dangereuse rage canine, transmissible du chien à l’homme, que Pasteur vaccina le petit Joseph Maistre, c’est elle que redoutaient (à raison) les hommes pendant des siècles. Mais cette terrible maladie-là a disparu en Europe, où, de nos jours, on ne la risque pas plus que la peste. Il est vrai qu’elle existe encore dans des pays du Tiers Monde, d’où un certain danger pour les touristes en mal d’exotisme (ainsi que pour la population indigène, bien sûr). Mais cela n’a rien à voir avec nos renards et autres animaux en Europe.

Ceux-là risquent, attrapent exclusivement la rage vulpine. Et là il y a encore des différences considérables pour ce qui est de leur vulnérabilité ou sensibilité au virus rabique. Ainsi les bovins se font infecter plus facilement que les chats et ceux-là plus facilement que les chiens qui, eux, sont remarquablement réfractaires (peu sensibles) au virus de la rage vulpine ! En effet, il faut une dose vraiment massive du virus pour qu’un chien mordu par un renard devienne enragé à son tour ! Et les chiens vaccinés ne peuvent pas attraper la rage du tout. D’ailleurs, en vingt ans, avec une population canine d’environ 60.000 bêtes, bon an mal an, seulement 5 chiens ont attrapé la rage vulpine dans ce pays.

Que les chasseurs cessent donc de terroriser de paisibles promeneurs avec chiens, au Galgebierg eschois et ailleurs, où les panneaux (généralement rouges) déparent les plus belles forêts et essaient d’imposer à tout promeneur l’obligation de tenir son toutou en laisse.

Quant aux chats, s’ils sont plus sensibles au virus que les chiens, en vingt ans on n’a pu en dépister que 47 d’enragés, alors que le pays grouille de chats, dont, paraît-il, 30 – 40.000 sans maîtres. Le nombre peu élevé de chats ayant attrapé la maladie vulpine tient en partie à ce que les chats et les renards s’évitent, quand ils se rencontrent dans la nature (contrairement à ce qui se passe, lorsque les chemins d’un chien et d’un renard se croisent, le premier se lançant généralement à la poursuite du second). En outre, les quatre vétérinaires du Centre d’études sur la rage de Nancy, dans un dossier intitulé Rage expérimentale du chat affirment : «Le chat est 300.000 fois plus résistant que le renard à la rage.»

Les bovins sont plus sensibles au virus que les chiens et les chats et, bien sûr, ils sont particulièrement exposés au danger quand ils passent l’été dehors, au pâturage. N’accablons pas trop Goupil cependant, car sa maladie ne le rend pas toujours agressif, contrairement à l’opinion reçue. Il peut devenir agressif tout comme il peut devenir passif ou alors, troisième possibilité, réagir agressivement seulement sous l’effet de la peur. C’est cela qui arrive fréquemment. En effet, les bovins sont tous ensemble curieux et myopes. Alors, apercevant quelque malheureux renard malade tapi dans un coin de pâturage, les grosses bêtes s’approchent de plus en plus en lui soufflant dessus et – se font mordre au nez par Goupil paniquant! Mais l’autre jour une amie à moi, avec son chien, est passée devant un renard visiblement malade, assis à côté du chemin; il les a regardés passer sans bouger.

Si donc le danger est minime pour les chiens, un peu plus élevé pour les chats et réel pour les bovins, qu’en est-il de la sensibilité humaine au virus en question ? Après tout, les autorités sont incapables de citer un seul cas de victime humaine du virus rabique vulpin. Cela tient certainement, entre autres, au fait que toute personne en Europe ces vingt dernières années a subi un traitement antirabique, quand elle avait été mordue par une bête enragée ou soupçonnée de l’être. Et comme on ne peut pas expérimenter sur l’homme, il reste qu’on ignore, à l’heure qu’il est, la dose critique nécessaire pour infecter l’homme, et donc sa réaction à une morsure de renard enragé. Il est permis de penser que le danger n’est peut-être pas si grand que cela, mais il serait évidemment dangereux de baser son comportement sur cette opinion optimiste !

Last not least, une bonne, une très bonne nouvelle même, de date récente : la découverte que l’homme ne risque pour ainsi dire rien de son proverbial meilleur ami, le chien ! En effet, nous l’avons vu, non seulement un chien doit se donner un mal fou pour attraper la rage en question, mais en plus il ne peut guère la passer à l’homme ! Il est vrai que «impossible n’est pas français», de sorte qu’un «clebs» français bien décidé arriverait peut-être à «faire enrager» son maître !, mais le fait est que la salive du chien infecté ne contient le virus qu’en quantité infime, insuffisante à la propagation de la maladie à l’homme. (Pour les bovins c’est le contraire : la salive qu’ils secrètent, abondante sous l’effet de la rage, contient des doses fortes de virus.) Mais ouf, l’honneur du chien est sauf. Et c’est lui, si peu sensible au virus, incapable de le transmettre à l’homme, lui qui se fait vacciner, tenir en laisse, abattre et voir d’un mauvais oeil, depuis que l’hystérie collective au mot d’ordre «rage» a été déclenchée il y a vingt ans. Alors,. assez de cette phobie du chien enragé que rien ne justifie plus.

Pour finir, quelques observations encore au sujet des renards. Le nombre des bêtes enragées n’a jamais été aussi élevé que l’a fait croire un certain sensationnalisme. Ainsi, si mes informations françaises sont exactes, sur 100.000 renards abattus dans les années 70, seulement 791 étaient enragés. Dans ce contexte je tiens à dénoncer le fait que tout au long de ces années la presse a rapporté chaque cas de renard ou autre animal abattu parce que soupçonné d’avoir la rage, sans jamais informer les lecteurs ensuite, si l’animal en question avait été enragé ou non.

Au Luxembourg on n’a dépisté que huit renards enragés au mois d’août de cette année, et aucun d’eux au bassin minier, où ces bêtes sont pourtant nombreuses. Depuis il n’y a pas eu foule non plus, et en septembre il y a eu la grande campagne de vaccination des renards qui, dans sa première phase, a été un succès total : tous les chasseurs du pays sauf six ont participé et les «cobayes» ont avalé les appâts avec un bel appétit. Félicitations aux responsables donc, mais … je ne puis pardonner à nos chasseurs la différence entre deux chiffres : le premier, le nombre d’années que devrait durer normalement la vie d’un renard, le second, le nombre d’années qu’atteint Goupil en moyenne dans ce pays, à savoir 15 contre 2 (maximum), cela grâce à ses ennemis – qui ne sont pas les féroces lapins (!)

 
 

L’amour nous survivra

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Lorsque nous aimons encore passionnément un défunt, l’aimons nous mort ?

Lorsque nous relisons une de ses lettres, où le situons nous : dans un temps différé au moment où il l’a écrite ou bien dans le temps présent ?

L’instant mêlé de son écriture et de notre lecture lui redonne-t-il vie ?
Qu’est-ce qui est réel ?
Le langage est-il réel ?
Peut-on garder le lien entre corps et esprit et le rompre entre choses et mots ?

Il n’y a pas de réponse simple à ces questions surtout quand un amour défunt nous hante, déambulant à tout moment dans notre conscience et dans nos rêves.

La vie est toujours compliquée et la mort reste la grande inconnue.

Pour mieux décrire cette ambiguïté entre rêve et réalité dans l’amour et la mort, j’ai choisi une très ancienne chanson du folk irlandais adaptée sur un poème de Padraic Colum, interprétée ICI par Feargal Sharkey, (voir la traduction proposée en bas de page).

Cette chanson évoque un mariage empêché, un souvenir, une promesse que seule la mort pourra libérer lorsque la défunte reviendra dans le rêve de son amant pour lui dire qu’ils se marieront bientôt : l’éternité n’est pas longue lorsque l’on s’aime.

Cet exemple amène d’autres questions :

Un souvenir est-il plus fiable qu’une promesse ?
Comment être sûr qu’il soit tenu ?
Et lorsqu’elle revient dans ses rêves, comment peut-il être sûr qu’elle a vraiment existé ?

L’amour est sans aucun doute le plus beau des mystères …

Elle me dit : « Ma mère ne s’opposera pas et mon père ne fera pas l’injure de dénoncer votre rang ». Puis elle recula et rajouta : « Ce ne sera pas long, mon amour, jusqu’au jour de nos noces ». Elle s’éloigna alors et se faufila dans la foule du marché. Je l’ai admirée avec tendresse jusqu’au dernier de ses mouvements. Elle s’orientait vers sa maison avec la grâce d’une étoile qui s’éveille, comme les cygnes au crépuscule glissant sur les eaux du lac. Les gens parlaient de nous … que nous ne pourrons pas nous marier … qu’un de nous sera en peine … que de mauvais commérages. Moi je n’avais d’yeux que pour elle, qui me souriait radieusement, son panier à la main. C’est la dernière image que je garderai de ma bien aimée. La nuit dernière mon amour est revenue dans mon rêve. Elle est entrée si doucement sans faire de bruit, elle a posé sa main sur moi et a redit : « Ce ne sera pas long, mon amour, jusqu’au jour de nos noces ».

 
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Publié par le 14 juillet 2017 dans Coin des poètes

 

Vital Michalon et Rémi Fraisse

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Le 31 juillet 1977, le pacifiste Vital Michalon, jeune professeur de physique venu manifester contre le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville, est mort. Le préfet évoque une crise cardiaque inopinée mais l’autopsie est claire : «  la déflagration d’une grenade offensive lancée par la police a explosé les poumons de Vital ». L’enquête innocente le policier assassin et la justice prononce un non-lieu.

Le 26 Octobre 2014, le jeune pacifiste Rémi Fraisse, étudiant en sciences de l’environnement venu manifester contre le barrage de Sivens, est mort, tué par une grenade offensive, alors qu’il avait les mains en l’air et criait « arrêtez » en avançant vers les gendarmes assassins. Là encore, le tueur sera protégé par les juges et le non-lieu sera prononcé.

Dans les deux cas, la famille des victimes appelait au calme … pourtant face à tant d’injustice, de mensonges, d’hypocrisie au plus haut niveau de l’État, on ne peut pas se taire : il en va du devoir de mémoire.

J’ai écrit ce petit poème en hommage à Vital Michalon et Rémi Fraisse.

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Concurrence intraguilde chez les chiens

(étude bibliographique)

chiens_sauvages

RÉSUMÉ :

1 . «Canis familiaris» est le carnivore le plus commun dans le monde et il est connu pour interagir avec la faune (prédateurs, proies, concurrents) et avec les réservoirs ou vecteurs de maladies.

2 . En dépit de ces rôles variés dans la communauté, l’interaction des chiens avec les espèces sauvages sympatriques est mal comprise. Nous passons en revue la façon dont les chiens ont été classés dans la littérature scientifique afin de montrer comment ce classement lié au comportement permet de prédire leurs interactions avec les proies et les carnivores sauvages.

3 . Nous détaillons la preuve que les chiens sont des concurrents intraguildes avec les carnivores sympatriques selon différents critères (chasse, interférences, concurrence apparente).

4 . Les chiens peuvent avoir des impacts localisés sur les populations de proies, mais dans ce cas ils ne sont pas des concurrents vraiment actifs avec les carnivores sauvages. La plupart de ces chiens là sont dépendants d’aliments d’origine humaine et la part des proies sauvages dans leur régime est relativement faible. Toutefois, en raison des apports alimentaires d’origine humaine, leur nombre n’est pas limité par la disponibilité de nourriture dans l’écosystème, ils peuvent atteindre de très fortes densités, et (dans les cas extrêmes) ils pourraient prendre la place de carnivores sauvages indigènes, en particulier lorsque les proies sauvages sont limitées.

5 . Les chiens peuvent aussi être des concurrents efficaces, surtout avec les carnivores de taille moyenne et petite. Dans ce cas, ils jouent leur rôle de canidés actifs dans la communauté des carnivores, en particulier dans les zones où les autres carnivores sont peu nombreux.

6 . Les chiens peuvent aussi être des réservoirs pathogènes car la plupart des populations du monde entier sont en liberté et non vaccinées. Des maladies telles que la maladie de Carré canine ou la rage ont entraîné le déclin des populations de certains carnivores coexistant avec les chiens, quand ceux ci étaient en trop forte densité.

7 . Nous proposons une interprétation qui permet de mieux comprendre les interactions entre chiens et autres carnivores et qui pourrait expliquer l’influence des chiens sur les communautés sauvages indigènes.

 

INTRODUCTION :

Les chiens sont les carnivores les plus répandus dans le monde à cause de l’influence humaine (Wandeler et al., 1993). La plupart des chiens aspirent à la liberté indépendamment du fait qu’ils sont détenus et, pendant leurs nombreuses escapades, ils peuvent interagir avec la faune sauvage à plusieurs niveaux, y compris en tant que prédateurs (Kruuk Et Snell, 1981 ; Campos et al., 2007), que proies (Edgaonkar & Chellam, 2002), que concurrents (Butler du Toit & Bingham, 2004 ; Vanak, Thaker & Gompper, 2009), que réservoirs ou vecteurs de maladies (Cleaveland et al., 2000 ; Funk et al., 2001 ; Butler et al., 2004 ; Fiorello, Noss & Deem, 2006). Malgré cela, l’impact des chiens sur les milieux naturels n’a pas été bien documenté et nous savons peu de choses sur l’aspect écologique des interactions entre chiens et carnivores sympatriques.

Des éléments liés à la dynamique concurrentielle entre carnivores sauvages suggèrent que la concurrence intraguilde influe sur la persistance et sur l’abondance des populations de grands carnivores et peut donc avoir des conséquences sur la structure des communautés de carnivores sauvages ( Karanth et Sunquist, 2000 ; Linnell & Strand, 2000; Creel, Spong & Creel, 2001 ; Caro & Stoner, 2003).

Lorsque les populations de grands carnivores sympatriques sont en concurrence pour les ressources, cette compétition se traduit, dans les modèles spatiaux, par l’exclusion totale ou partielle d’au moins une espèce ainsi qu’une répartition dispersée des espèces dans les territoires (Johnson, Fuller et Franklin, 1996 ; Creel et al., 2001).

Classification des chiens en liberté :

Les chiens modernes ont évolué à partir du loup «Canis lupus» gris, et les preuves actuelles suggèrent une seule origine en Asie (Savolainen et al., 2002). Le processus de domestication a donné lieu à un changement de la taille du corps et de la configuration cranio-dentaire (Clutton-Brock, 1995 ; Coppinger & Schneider, 1995). Suite à ces changements morphologiques, les chiens sont capables de consommer un large éventail d’aliments et de récupérer les déchets rejetés par les humains. Cependant, la socio-écologie et l’alimentation des chiens varient en fonction de leur degré de dépendance à l’homme, ce qui affecte dans une grande proportion leur compétitivité avec les carnivores sauvages. Par exemple, MacDonald & Carr (1995) ont observé de grandes différences dans l’organisation sociale des chiens en liberté selon qu’ils vivent dans des villages ou qu’ils errent en pleine campagne. Les chiens de village défendent leur territoire et sont la plupart du temps solitaires, alors que les chiens «livrés à eux-même en pleine nature» (chien férals) mènent une vie assez proche de celle du loup, formant souvent des meutes bien qu’occasionnellement ils puissent être solitaires (Boitani et al., 1995). Les chiens de village dépendent entièrement des humains pour la nourriture. Les chiens férals sont plutôt opportunistes, ils se nourrissent de proies sauvages et complètent éventuellement leur alimentation avec des produits d’origine humaine (déchets alimentaires, cultures, animaux d’élevage, voire excréments humains). Ceci étant précisé, plusieurs études ont montré que certains chiens férals se nourrissent uniquement de proies prélevées dans la nature (Kruuk et Snell, 1981 ; Triggs, Hans & Cullen, 1984 ; Campos et al, 2007), ce qui signifie que le recours à des aliments d’origine humaine est purement opportuniste et non pas lié à des contraintes écologiques.

Nous pouvons classer les chiens dans différentes catégories même s’ils peuvent appartenir à plusieurs ou passer de l’une à l’autre :

1 . Chiens de propriétaires : contrôlés et limités dans leurs mouvement à l’extérieur. Bien que le potentiel de ces chiens d’interagir avec la faune est limité, ils peuvent néanmoins avoir un impact sur la nature lorsqu’ils accompagnent l’homme en promenade, surtout s’ils ne sont pas vaccinés (Fiorello et al., 2006 ; Banques & Bryant, 2007 ; Koster, 2008 ; Lenth, Knight & Brennan, 2008).

2 . Chiens urbains en liberté : non détenus par des humains mais commensaux, ils subsistent grâce aux ordures et aux autres déchets provenant des activités humaines. C’est leur principale source de nourriture (Beck, 1975). Ils ne rentrent pas en contact avec la faune, sauf dans les parcs urbains (Banks et Bryant, 2007 ; Lenth et al., 2008).

3 . Chiens ruraux en liberté : appartiennent ou sont associés à l’homme mais pas limités à un espace extérieur confiné. Cette catégorie inclut les chiens errants, les chiens de ferme, les chiens de berger et de troupeau. Ces animaux sont régulièrement en contact avec la faune sauvage (Butler et al., 2004 ; Vanak, 2008).

4 . Chiens de village : non confinés mais associées à des habitations humaines dans des zones rurales. Ces chiens quittent rarement le voisinage immédiat du village (MacDonald & Carr, 1995 ; Vanak, 2008).

5 . Chiens férals : chiens redevenus sauvages, complètement indépendants de l’homme (Nesbitt, 1975 ; Green & Gipson, 1994).

6 . Chiens sauvages : dingos et leurs hybrides en Asie du Sud et en Australie. Ils ne sont plus considérés comme animaux domesticables (Corbett, 1995 ; Sillero-Zubiri, Hoffmann & Macdonald, 2004).

Nous proposons un graphe (figure 1) issus d’une compilation d’articles (n=21) en matière d’écologie canine en définissant les différentes catégories comme suit :

(i) Urban (milieu urbain) dans les villes ou en banlieue avec donc une forte densité humaine et pas (ou presque pas) de contact avec la faune.
(ii) Rural (milieu rural) dans des villages ou des terres agricoles à faible densité humaine et des contacts modérés avec la faune .
(iii) Wild (sauvage) vivant en pleine nature sans contact humain.

L’espace alloué à chaque catégorie a été définit comme suit :

(i) limited range (espace limité) confinés à 1 quartier ou à 1 village, si sauvages sur un territoire inférieur à 100 ha.
(ii) wide-ranging (espace vaste) se déplacent dans toute la ville et la banlieue, ou entre les villages, si sauvages sur un territoire supérieur à 100 ha.
(iii) feral (féral) complètement libres de se déplacer et évitent le contact avec l’homme.

Les régimes alimentaires des chiens ont été classés comme suit:

(i) (dépend de l’Homme) toute la nourriture provient de l’Homme directement ou indirectement (déchets laissés par les humains).
(ii) (opportuniste) régime essentiellement composé de déchets produits par les humains mais aussi d’une petite partie de nourriture prélevée dans la nature.
(iii) (wild = sauvage) toute la nourriture provient d’animaux sauvages capturés .

Nous avons exclu les chiens entièrement confinés dans l’espace d’un propriétaire, étant donné qu’ils ne représentent aucune menace directe pour la faune. Bien que certains auteurs décrivent des populations urbaines de chiens férals en liberté, ces chiens ont un territoire très limité, en moyenne 0,26 km2 , soit 26 ha (Beck, 1975). Certaines combinaisons de critères n’existent pas ou bien représentent très peu de données (urbain et espace vaste, urbain et sauvage, espace limité et sauvage). Parmi les études sélectionnées, tous les exemples de chiens urbains correspondent à «espace limité» et «régime entièrement humain». Plus les chiens deviennent ruraux et plus leur régime devient opportuniste et donc moins «dépendant de l’Homme». L’alimentation des chiens est donc étroitement liée à leur localisation. De même, plus les chiens s’enfoncent dans les espaces naturels et plus ils ont de chances de rencontrer des carnivores indigènes, ils vont donc interagir avec eux en tant que prédateurs, et devenir des concurrents pour les proies.

Figure1

Fig. 1. Nombre d’études (n=21) dans lesquelles les critères (urbain, rural, sauvage), (espace limité, espace vaste, féral) et (alimentation dépendant de l’Homme, opportuniste, sauvage) sont déclarés.
Liste des sources:
urbain, espace limité: (Fox, 1975 ; Oppenheimer & Oppenheimer, 1975 ; Rubin & Beck, 1982 ; Daniels, 1983 ; Daniels & Bekoff, 1989)
rural, espace limité: (Berman & Dunbar, 1983 ; Daniels & Bekoff, 1989 ; MacDonald & Carr, 1995 ; Meek, 1999)
rural, espace vaste: (MacDonald & Carr, 1995 ; Meek, 1999 ; Butler et du Toit, 2002 ; Atickem 2003, Manor & Saltz, 2004 ; Vanak, 2008)
rural, féral: (Gipson et Sealander, 1976 ; Kamler, Ballard & Gipson, 2003a ; Campos et al., 2007)
sauvage, espace vaste: (Daniels & Bekoff, 1989)
sauvage, féral: (Scott & Causey, 1973 ; Kruuk et Snell, 1981 ; Taborsky, 1988 ; Boitani et al, 1995 ; Yanes & Suárez, 1996 ; Mitchell & Banks, 2005 ; Glen, Fay & Dickman, 2006).

Chiens prédateurs et proies des carnivores indigènes :

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Beaucoup de grands carnivores tuent et consomment de plus petits carnivores (Palomares & Caro, 1999 ; Donadio & Buskirk, 2006). Étant opportunistes, les chiens sont également connus pour inclure de petits carnivores dans leur alimentation. Par exemple, lors d’un examen de l’alimentation des chiens sauvages au Brésil, on a trouvé des restes de petits carnivores tels que le coati (Nasua nasua) et le petit grison (Galictis cuja) dans les excréments de chien (Campos et al., 2007), mais on ignore quel pourcentage de ceux-ci était ainsi prélevé. Il y a très peu d’informations sur le rôle des chiens en tant que prédateur intraguilde car ce rôle n’est probablement qu’occasionnel. Ceci dit, on retrouve régulièrement des restes de renards roux (Vulpes vulpes) dans les excréments de chiens sauvages australiens, ce qui suggère que ces chiens sont des prédateurs naturels de ces animaux (Newsome et al., 1983 ; Marsack & Greg, 1990). Les chiens peuvent aussi constituer une proie importante dans l’alimentation de plusieurs carnivores, en particulier ceux qui vivent à proximité des humains : par exemple les léopards (Panthera pardus), les lions et les hyènes en Afrique sont connus pour consommer régulièrement des chiens. Au Zimbabwe, Butler et al. (2004 ) ont rapporté que 53% de toutes les mortalités massives de chiens est due à ces carnivores. En Finlande, les loups consomment presque toujours les chiens qu’ils ont tué, même si la recherche de nourriture n’est pas forcément le motif principal du combat (Kojola et al., 2004). Les Coyotes (Canis latrans) dans les zones urbaines et rurales de l’Amérique du Nord tuent régulièrement des chiens de compagnie pour les manger (Grinder & Krausman, 1998). En Inde, plusieurs études ont montré que le chien est un élément important dans le régime alimentaire du léopard (Mukherjee et Sharma, 2001 ; Edgaonkar & Chellam, 2002 ; Singh et al., 2007).

Chiens concurrents des prédateurs pour la chasse :

La concurrence se produit lorsque des espèces partagent les mêmes ressources et que l’une des espèces peut supplanter l’autre, soit par le nombre, soit grâce à un comportement de chasse supérieur (Petren & Case, 1996). En ce qui concerne les carnivores, la concurrence a rarement été démontrée, même si il y a de nombreuses preuves de chevauchement alimentaire entre les espèces. C’est parce que la démonstration de la survenance d’un processus de concurrence entre deux espèces nécessite un certain nombre de facteurs à respecter (Petren & Case, 1996), comme :

(i) réduction de la population ou de la natalité en fonction de la diminution d’une ressource partagée,
(ii) réduction de l’accès à la ressource partagée,
(iii) absence d’interférences directes.

La concurrence n’a pu être démontrée expérimentalement que dans le cas de certaines plantes avec les herbivores (Dorchin, 2006 ; Smallegange, van der Meer & Kurvers, 2006 ; Bonaccorso et al., 2007). Pourtant, la plupart des écologistes spécialistes des carnivores l’admettent comme hypothèse évidente (Jhala & Giles, 1991 ; Sillero-Zubiri & Gottelli, 1995; Johnson et al., 1996).

On ne sait pas si les chiens sont des concurrents efficaces pour les autres carnivores sauvages dans leur milieu naturel. Il y a peu de preuves, dans la littérature, qui laisseraient penser que la pression de prédation des chiens sur les proies sauvages est suffisamment élevée pour réduire la disponibilité de ces proies aux grands carnivores indigènes. Scott & Causey (1973) n’ont trouvé aucune preuve de la prédation des chiens sur les cerfs en milieu rural libre. De même, Lowry et McArthur (1978) ont noté que les chiens étaient responsables de seulement 12 décès de cerfs dans le Couer d’Alene (Idaho, États-Unis) en 1975. Dans le Sud-Est du Québec, on a retrouvé des restes de cerfs dans 15,5% des 58 estomacs de chiens analysés mais il n’est pas possible de déterminer combien de proies ont été effectivement tuées (Bergeron et Pierre, 1981). Cependant, plusieurs autres études ont montré que les chiens peuvent avoir des répercussions importantes localement, qui peuvent conduire à une diminution de certaines populations de proies (Iverson, 1978 ; Kruuk et Snell, 1981 ; Barnett & Rudd, 1983 ; Taborsky, 1988 ; Genovesi & Dupré, 2000). Par exemple, les chiens sont les principaux contributeurs de la baisse du nombre de jeunes gazelles en Israël (Manor & Saltz, 2004).

Donc d’une manière générale et à part quelques exceptions (Mitchell & Banks, 2005 ; Glen, Fay & Dickman, 2006 ; Campos et al., 2007), nous retiendrons l’absence de chevauchement alimentaire entre les chiens et les carnivores sauvages, ce qui n’est pas surprenant puisque la plupart des régimes de chiens sont composés principalement des restes de produits laissés par les humains (Green & Gipson, 1994 ; Butler et du Toit, 2002; Atickem, 2003 ; Vanak, 2008 ; Vanak & Gompper, 2009 ; Butler et al., 2004 ). C’est effectivement, la raison principale qui explique pourquoi les chiens ne sont pas des concurrents efficaces face aux carnivores sauvages. Cependant, un bémol à cette suggestion est que, en raison des très nombreux déchets alimentaires laissés par l’Homme, les chiens en liberté peuvent atteindre de fortes densités de population (Daniels & Bekoff, 1989 ; Butler et al., 2004) et donc, par le poids du nombre avoir un effet négatif sur les proies indigènes, même si sur le plan individuel cet effet est négligeable.

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Il existe pourtant un contre-exemple où le chien concurrence clairement tous les autres carnivores, c’est celui du dingo (chiens sauvages et leurs hybrides) qui est même au sommet de la chaîne dans l’écosystème Australien. Des études approfondies sur les habitudes alimentaires des chiens sauvages australiens montrent que ces canidés dépendent presque exclusivement de proies sauvages capturées de toutes sortes (macropodes, petits marsupiaux, rongeurs et autres petits vertébrés, invertébrés, … (Newsome et al., 1983 ; Corbett et Newsome, 1987 ; Marsack & Greg, 1990 ; Glen & Dickman, 2005 ; Mitchell & Banks, 2005 ; Glen & Dickman, 2008). L’introduction du dingo en Australie est également soupçonnée d’avoir finalement contribué à l’extinction de la thylacine (Thylacinus cyno-Céphale) et du diable de Tasmanie (Sarcophilus harrisii) du continent (Dickman, 1996), ce qui a modifié la structure de la communauté indigène des carnivores Australiens. Le loup de Tasmanie (disparu) et le dingo ont sans doute eu un chevauchement élevé de niche alimentaire et donc de hauts niveaux de compétition (Wroe et al., 2007). Dans le contexte moderne, les dingos sont en concurrence avec les renards roux et les chats sauvages (Catus de felis) ainsi qu’avec les carnivores marsupiaux (Glen & Dickman, 2008).

Enfin, il faut citer une concurrence vis à vis des déchets laissés par l’Homme et des charognes. Ainsi, les chiens peuvent se retrouver indirectement en concurrence avec des carnivores indigènes puisqu’ils réduisent la biomasse des carcasses disponibles. Butler et al. (2004 ) ont observé des chiens en liberté à la périphérie d’une réserve faunique au Zimbabwe et ont constaté que les chiens (domestiques et sauvages) dominaient les vautours autour des carcasses d’animaux et étaient très efficaces, bien qu’en concurrence avec les lions, les léopards, les hyènes tachetées et les chacals à flancs rayés (Canis adustus) (Butler et du Toit, 2002). De même, les loups éthiopiens peuvent être amenés à abandonner des carcasses d’ongulés qu’ils ont chassés, si elles sont trop rapidement accaparées par les chiens ( Sillero-Zubiri & Macdonald, 1997). Des observations identiques ont été faites dans l’ouest de l’Inde, où les carcasses de bétail à la périphérie des villages sont dépecées par les chiens au détriment des chacals dorés (Canis aureus) (Aiyadurai & Jhala, 2006).

Chiens concurrents par interférence :

La concurrence par interférence se manifeste par des interactions directes telles que l’exclusion spatiale, le harcèlement ou, à l’extrême, l’élimination par prédation intraguilde (Holt & Polis, 1997). En réponse à un comportement de concurrence par interférence, le concurrent subordonné utilise l’une des deux stratégies suivantes, visant à réduire ses rencontres avec le concurrent dominant :

(i) éviter les chevauchements de territoires,
(ii) modifier les conditions d’utilisation de son territoire afin de limiter les risques de rencontre tout en préservant l’espace.

Par exemple, les renards gris et roux évitent les zones où les coyotes sont présents (Fedriani et al., 2000 ; Gosselink et al., 2003), les coyotes évitent les territoires du loup (Crabtree & Sheldon, 1999 ; Berger & Gese, 2007), et les renards de l’Artique (Alopex lagopus) évitent les territoires du renard roux (Elmhagen, Tanner Feldt & Anger Bjorn, 2002 ; Tanner Feldt, Elmhagen Anger & Bjorn, 2002). Dans tous ces cas, les territoires ne se chevauchent pas, au profit du concurrent dominant.

Il y a aussi des comportementaux au niveau spatial et temporel beaucoup plus subtiles de la part des subordonnés pour éviter la concurrence par interférence. Les chiens sauvages africains évitent les zones où les proies sont abondantes à cause de la présence des lions (Creel et al., 2001), au risque de subir une réduction de l’efficacité de leur chasse. Après la réintroduction des loups dans le parc national de Yellowstone aux États-Unis, les coyotes ont réduit leur temps de chasse et accru leur vigilance quand ils étaient dans les territoires du loup (Switalski , 2003). Les renards nains (Vulpes macrotis) sont connus pour utiliser plusieurs tactiques, ils multiplient les sorties le jour et partitionnent leur territoire, ceci afin d’éviter la concurrence d’interférence avec les coyotes (Nelson et al., 2007). Ces exemples démontrent que la simple présence d’un concurrent dominant entraîne, par aversion au risque, une utilisation réduite du territoire habituel de chasse.

Des exemples démontrent que les carnivores sympatriques modifient l’utilisation de leur territoire et changent leurs habitudes pour éviter la concurrence avec les chiens, quand ceux-ci sont des espèces dominantes comme en Australie et en Inde. En Nouvelle-Galles du Sud, Mitchell & Banks (2005) ont trouvé des chevauchements importants entre les territoires du renard et ceux du dingo mais les renards évitent les zones (localement) où les dingos sont venus chasser même si globalement il y a bien chevauchement.

Ces tendances générales d’interaction intraguilde entre les chiens férals (ou sauvages) et les carnivores indigènes existent partout dans le monde, même lorsque le chien n’est pas le prédateur au sommet de l’écosystème. Par exemple, en présence des chiens, les renards indiens ont fortement réduit leur taux de visite à deux sources alimentaires abondantes suivies expérimentalement (réduction de la consommation de nourriture et augmentation de la vigilance) (Vanak et al., 2009). Vanak & Gompper (2009) ont également noté un niveau d’accès aux déchets émis par l’Homme inférieur dans le régime alimentaire des renards indiens que dans le régime alimentaire des chiens et ils ont émis l’hypothèse que la présence des chiens empêche les renards d’accéder à ces déchets comme ils le souhaiteraient. La réaction des renards indiens vis à vis des chiens est identique à celle des renards roux vis à vis des chacals dorés décrits par Scheinin et al. (2006). Cette constatation montre que les chiens sont perçus comme des prédateurs intraguilde par les petits carnivores (Vanak, 2008 ; Vanak et al., 2009). Une telle crainte des chiens ne se limite pas aux petits carnivores, parfois les chiens peuvent dissuader les loups d’accéder à des dépotoirs (en Italie), simplement par leur présence et surtout à cause de leur grand nombre (Boitani et al., 1995). Bien que les interactions directes entre les chiens et les autres carnivores ne soient que rarement observés, il semblerait que même la présence temporaire des chiens peut affecter l’activité des carnivores sauvages et l’utilisation de leurs territoires.

Des études récentes ont montré des situations d’évitement ou des changements d’habitudes de la part des carnivores dans des parcs de loisirs utilisés par les êtres humains avec leurs chiens (George et Crooks, 2006 ; Lenth et al., 2008 ; Reed & Merenlender, 2008). Dans ces études, des observations comparatives ont été réalisées pour analyser la présence et le comportement des carnivores dans des zones sans sentiers récréatifs et dans des zones avec des sentiers qui sont utilisés par les humains accompagnés de leur chien de compagnie. George & Crooks (2006) ont signalé que la probabilité de détection des lynx (Lynx rufus) diminuait avec l’augmentation des activités humaines (à cause des promeneurs de chiens) et que les lynx réduisaient leurs déplacements dans les zones utilisées par les randonneurs, les cyclistes et les chiens. Toutefois, la présence des chiens ne peut pas être séparée de celle de l’homme dans cette étude, et donc, les résultats n’impliquent pas un effet direct des chiens seuls. Une relation plus directe entre l’utilisation de l’espace par le lynx en présence du chien a été montrée par Lenth et al. (2008). Ils ont trouvé que les chiffres de détections du lynx étaient inférieurs dans les zones sauvages où les chiens ont droit à errer librement que dans les zones où les chiens sont interdits. Cependant, la même étude a également montré que la détection des renards roux était plus fréquente dans les zones utilisées par les chiens. D’après les auteurs ce phénomène peut être dû à la nature particulière du renard roux et à sa propension à tolérer la présence humaine pour pour pouvoir accéder aux ressources anthropogéniques.

La forme la plus extrême de la concurrence par interférence est le meurtre par le dominant du concurrent subordonné. Ce phénomène est connu sous le nom de prédation intraguilde. La prédation intraguilde peut être distinguée en 2 cas, selon que l’espèce est tuée et consommée ou simplement tuée sans être consommée (Palomares & Caro, 1999). Le cas où l’espèce subordonnée n’est pas consommée après la prédation intragulide est assez intriguant (Palomares & Caro, 1999 ; Amarasekare, 2002), cela laisse penser en effet, que le seul but de l’espèce dominante est de réduire directement le nombre de concurrents pour protéger les ressources alimentaires (Roemer et al., 2009). La concurrence par interférence sans consommation a été bien documentée chez les mammifères carnivores (Palomares & Caro, 1999 ; Donadio & Buskirk, 2006).

Des cas où les chiens ont été victimes de prédation intraguilde avec consommation par des grands carnivores sont cités dans la littérature scientifique. Le plus souvent, les chiens sont tués par des loups (Boitani & Zimen, 1979 ; Zimen & Boitani, 1979 ; Fritts, Paul & Paul, 1989 ; Jhala, 1993 ; Pulliainen, 1993 ; Naughton-Treves, Grossberg & Treves, 2003 ; Jethva & Jhala, 2004 ; Kojola et al., 2004 ; Habib, 2007), des coyotes (Howell, 1982 ; Bider & Weil, 1984 ; Timm et al., 2004), des pumas (Puma concolor) (Torres et al., 1996) et par des ours (Lott, 2002 ; Goldenberg, 2008). Dans la plupart des cas, ces chiens sont férals ou sauvages mais ils peuvent être aussi des chiens domestiques attaqués dans les environs de leur habitation humaine confinée, ou alors des chiens de chasse ou des chiens de compagnie en promenade, attaqués dans des habitats sauvages (Kojola & Kuittinen, 2002).

En revanche, il y a moins d’informations sur les cas où les chiens sont tués par les carnivores sauvages sans être consommés. Lorsque ces cas sont cités, il le sont de manière anecdotique.

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Des chiens dressés ont été utilisés pour chasser les renards roux au Royaume-Uni et dans d’autres parties de l’Europe et du monde, depuis le 16 ème siècle (Itzkowitz, 1977 ; Orendi, 2007) mais le meurtre des renards, des chacals et des autres carnivores par les chiens férals ou sauvages en liberté dans la nature est exceptionnel (très peu de cas ont été rapportés). Par exemple, Pils et Martin (1974) font état d’une attaque sur un renard roux dans le Wisconsin aux États-Unis, par «trois chiens bâtards en liberté» ce qui a entraîné la mort d’une femelle en lactation. Des chiens ont tué des renards nains (Ralls et blanc, 1995) et des renards indiens (Vanak, 2008). Trois chiens sauvages ont été observés en train de tuer un coyote dans le Kansas aux États-Unis (Kamler et al., 2003) et des chiens de ferme étaient responsables du meurtre de 20 parmi 77 mouffettes (Spilogale putorius) retrouvées mortes (Crabb, 1948). Dahmer (2001, 2002) a signalé la mort de 11 petites civettes indiennes (Viverricula indica) par des chiens errants à Hong Kong entre 1998 et 2002. Un des plus célèbres rapports anecdotiques concernant le meurtre par des chiens d’autres carnivores a conduit à la redécouverte des putois (Mustela nigripes) dans le Wyoming aux USA, quand un chien de ferme a apporté un individu fraîchement tué d’une espèce éteinte de putois (Miller, Lire & Forrest, 1996). Dans la plupart des cas ci-dessus les chiens n’ont pas consommer leur proie.

Chiens en concurrence apparente :

La compétition apparente entre carnivores provient du fait qu’une espèce de carnivore disparaît ou se retire et qu’une autre espèce apparaît profitant de cette opportunité. Ce processus peut réduire la densité de population des autres espèces sympatriques. Prenons l’exemple des chats sauvages en Australie, ils résistent mieux à la sécheresse que les dingos qui en sont morts ou qui sont partis, (Paltridge, Gibson et Edwards, 1997), cette disparition a permis aux chats de se multiplier et de dominer des carnivores marsupiaux comme le dasyurus (Glen & Dickman, 2005).

D’autre part, la concurrence apparente entre carnivores est susceptible de propager plus facilement les parasites amenés par l’intrus aux espèces indigènes. La transmission des parasites peut être un facteur structurant dans la répartition et le nombre des espèces (Rushton et al., 2000 ; Tompkins, Draycott & Hudson, 2000 ; Tompkins et al., 2003). Ce genre d’interaction inter-espèces est une forme caractéristique de concurrence puisque les interactions hôte-parasites entraînent l’apparition d’une concurrence dynamique (Holt , 1977 ; Holt & Pickering, 1985 ; Price et al., 1998 ; Tompkins et al., 2000) .

Cette compétition apparente a été documentée dans plusieurs taxons, allant des bactéries et des insectes aux oiseaux et balayant toutes les grandes catégories de mammifères (prédateurs et proies). En général, l’espèce hôte la plus rare ou la plus sensible est réduite ou éliminée avec l’augmentation de propagation du parasite dans le réservoir abondant des espèces les plus résistantes (Tompkins et al., 2000 ; Morris, Lewis & Godfray, 2004 ; Power & Mitchell, 2004). La compétition apparente via les échanges de parasites entre espèces peut, finalement, apparaître comme une composante importante de la structure de la communauté (Hatcher, Dick & Dunn, 2006 ; Holt & Dobson, 2006) mais elle n’a été que rarement étudiée dans les communautés de carnivores (Roemer et al., 2009).

De nombreux micro-parasites de carnivores sont partagés par plusieurs espèces ; certains sont enzootiques chez les chiens et peuvent être transmis aux carnivores indigènes (Fiorello et al., 2004). Ces phénomènes de contagion sont assez courants mais les conditions dans lesquelles ils peuvent conduire à des épidémies parmi les espèces sauvages ne sont pas claires. Par exemple, presque toutes les espèces de canidés sont très sensibles au virus de la rage, au virus de la maladie de Carré et au parvovirus canin. Dans certains cas, ces trois virus sont les premiers facteurs de la dynamique des populations de carnivores (Cleaveland et al., 2007).

Le rôle des chiens comme réservoir d’agents pathogènes susceptible d’avoir un impact significatif sur les populations sauvages de grands carnivores est illustré par une série d’épidémies et de cas de rage chez les chiens sauvages africains dans le Serengeti en 1994, qui s’est propagée chez les lions, les hyènes et les chacals (Funk et al., 2001 ; Cleaveland et al., 2007). Depuis, plusieurs études ont indiqué que la propagation d’agents pathogènes résultant d’interactions entre carnivores et chiens sauvages a conduit à un déclin des populations animales dans un large éventail d’espèces et de familles de carnivores : canidés, félidés, hyénidés, phocidés, mustélidés, viverridés et procyonidés. Ces événements ont été largement commentés (Laurenson et al., 1998 ; Deem et al., 2000; Funk et al., 2001 ; Cleaveland et al., 2007). Par exemple, les loups éthiopiens ont été en danger critique d’extinction et ont subi une sévère diminution de leur population à cause d’épidémies de rage transmise par des chiens sauvages africains (Sillero-Zubiri, King & MacDonald, 1996 ; Whitby, Johnstone & Sillero-Zubiri, 1997 ; Randall et al., 2006).

Les praticiens de la conservation des animaux sauvages ont tenté, avec un succès mitigé, d’atténuer ces phénomènes épidémiques par des programmes de vaccinations massives visant soit le réservoir initial (les chiens), soit les hôtes sensibles (les autres carnivores sauvages). On peut citer des exemples de vaccinations en masse des chiens sauvages africains contre la rage dans le Serengeti qui ont réussi à contrôler l’épidémie (Cleaveland et al., 2007) ou qui ont échoué (Woodroffe et al., 2004 ; Cleaveland et al., 2007). D’autres exemples montrent que les vaccinations massives et simultanées des loups éthiopiens et des chiens africains ont eu plus de succès de réussite contre l’apparition de la rage (Haydon et al., 2006 ; Randall et al., 2006). Ces exemples illustrent clairement comment les chiens peuvent être porteurs de parasites qui vont entraîner des épidémies généralisées et une baisse de la population chez plusieurs espèces sauvages. Ces études de cas rappellent aussi l’importance des chiens férals et sauvages comme partie intégrante de la diversité des écosystèmes et pourquoi il est important d’en tenir compte dans la gestion et la conservation des populations des grands carnivores indigènes.

CONCLUSIONS ET RECHERCHES FUTURES :

En raison de ses liens étroits avec les humains, le chien est présent partout, dans le monde entier. Bien qu’il diffère des loups morphologiquement, en raison du processus de domestication, il a conservé des caractéristiques qui le rendent potentiellement membre à part entière de la guilde des carnivores. Les chiens étant dépendant des humains partout où ils existent, ils ne sont pas, a priori, soumis à la pénurie alimentaire. Ils sont également protégés contre les mécanismes de rétroaction intraguilde (comme la prédation intense par les grands carnivores) puisqu’ils sont réfugiés dans les habitations humaines. Ces relations de dépendance humaine, directe ou indirecte, peuvent entraîner une forte densité de la population des chiens en liberté, même dans les régions rurales ou dans des zones sauvages où les communautés de carnivores indigènes sont relativement intactes.

Butler & Bingham (2000) signalent par exemple une population d’au moins 1,36 million de chiens dans les terres communales du Zimbabwe, avec un taux de croissance annuel de 6,5%. Même dans les pays développés comme les États-Unis, les populations de chiens peuvent être localement abondantes (150 chiens/km2 à Newark, New Jersey ; Daniels, 1983 ; 431 chiens/km2 sur des portions de terres de la réserve Navajo en Arizona ; Daniels & Bekoff, 1989).

L’effet combiné des grandes populations et de la mise en liberté des chiens est problématique pour les praticiens de la conservation des animaux sauvages. Le but de la recherche future devrait être d’élucider les interactions spatiales et comportementales entre les chiens et les carnivores sauvages. Nous savons que les carnivores peuvent considérablement influer sur la distribution et la densité des co-prédateurs grâce à la concurrence directe et indirecte (Palomares & Caro, 1999 ; Caro & Stoner, 2003). Les agressions directes et la prédation intraguilde peuvent être facilement détectées chez les espèces concurrentes mais les effets indirects de la compétition par interférence sont beaucoup plus subtiles et peuvent passer parfois inaperçus. Les différents rôles concurrentiels des chiens férals ou sauvages sont encore largement inconnus.

Comme indiqué dans cette étude bibliographique, les chiens peuvent avoir des effets à grande échelle sur les carnivores indigènes bien qu’ils ne représentent pas une grande concurrence pour la nourriture. Il est de plus en plus reconnu que le sujet des chiens en liberté est très important pour l’équilibre de la biodiversité et il est nécessaire de prendre des initiatives à grande échelle, soutenues par la Recherche, pour résoudre ce problème.

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