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Le difficile retour du loup à l’ouest de la Pologne

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Résumé : Dans un article publié en 2017vol. 15 / n° 3 in “Applied Ecology and Environmental Research” –, Sabina Nowak (Association for Nature “Wolf”) et Robert W. Mysłajek (Institute of Genetics and Biotechnology at the Faculty of Biology University of Warsaw) ont étudié le nombre, la distribution et les causes anthropiques de la mortalité des loups dans l’Ouest de la Pologne (noté ci-après WPL) au cours de 3 périodes distinctes de gestion de ce grand prédateur. Durant l’éradication massive (1951-1974), au moins 49 loups ont été exterminés dans cette région (2,6 loups par an en moyenne), répartis dans un maximum de 4 forêts par an (1,7 en moyenne), mais la plupart des meutes n’ont pu mettre bas qu’une seule fois avant d’être massacrées. Pendant la gestion par la chasse de loisir (1975-1997), la présence de loups a été enregistrée dans 1 à 4 forêts par an (3,1 en moyenne). La plupart d’entre eux n’ont pas pu se reproduire ou n’ont eu qu’une seule portée avant d’être abattus dès la première année suivant leur détection. Au cours de cette 2ème période, au moins 70 loups ont été tués par les chasseurs en WPL (3 loups par an en moyenne). À partir de 1998, l’espèce est protégée en Pologne et le nombre de loups a aussitôt augmenté partout dans le pays. On pouvait compter jusqu’à 30 meutes durant l’hiver 2012/2013 en WPL, en même temps le nombre de forêts où le loup était présent est passé à 14 dans cette région. L’étude présentée ici confirme que la chasse récréative sur une population de loups loin de tout foyer de migration et dans des zones fortement anthropisées, permettant aux chasseurs d’accéder jusqu’au plus profond refuge des prédateurs par un dense réseau de routes forestières, a un impact désastreux sur la survie du loup, comparable aux effets de l’éradication systématique. Les auteurs préconisent que les plans de gestion des populations locales de loups soient précédés par une analyse minutieuse de leur viabilité et de leur connectivité avec d’autres foyers de populations lupines distantes.

 

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État des lieux, historique et situation actuelle :

En Pologne, au cours du XXe siècle, les loups n’ont jamais été totalement exterminés, même si la pression humaine exercée sur eux était très forte. Par exemple, dans l’est de la Pologne (noté ci-après EPL) et dans les Carpates, sur un nombre de loups estimé à 820 en pleine saison de chasse (hiver 1951/52), 156 ont été abattus et 46 louveteaux extirpés des tanières (été 1952), et pourtant, malgré ce carnage, les chasseurs affirmaient que le nombre de loups était supérieur à 1000 dès le début de l’année 1953 et que l’espèce était même en expansion en EPL. Plusieurs loups avaient été également observés dans les parties centrale et occidentale du pays. C’est pour cette raison que, sous la pression des chasseurs, le gouvernement polonais a mis au point un programme national d’éradication du loup au milieu des années 1950.

L’acharnement à détruire et à persécuter les loups partout et par tous les moyens (élimination des portées, empoisonnement, chasse intensive à l’arme à feu, chasse aux fanions, grosses primes équivalentes à un salaire moyen) ont abouti au massacre de 3 316 animaux dans toute la Pologne entre 1954 et 1972 (en moyenne 184 par an, avec un maximum de 425 en 1956 et en 1958, et un minimum de 59 en 1971). Cela a entraîné une baisse vertigineuse de la population, puisqu’il ne restait qu’environ 60 loups dans le pays en 1972. L’espèce avait tellement diminué que même les loups solitaires avaient disparu de la Pologne occidentale et centrale, seuls quelques survivants ont été enregistrés dans des forêts frontalières à l’est du pays, près de la Russie (oblast de Kaliningrad), de la Lituanie, de la Biélorussie et de l’Ukraine, ainsi que dans la partie orientale des Carpates. Le programme d’éradication a finalement pris fin au milieu des années 1970.

En 1975, le loup a été réintégré dans la liste des espèces chassables pour le loisir avec, à partir de fin 1981, une interdiction de le chasser quatre mois par an (du 1er avril au 31 juillet) et ceci dans tout le pays. Ces chasses récréatives ont perduré jusqu’en 1998 et 2 200 loups ont ainsi été abattus pendant ces vingt trois années (en moyenne 94 par an), principalement en EPL et dans les Carpates. Durant les onze premières années, la population lupine a augmenté en EPL et dans les montagnes Carpatiques, atteignant un maximum de 960 loups en 1986, mais ce nombre a diminué ensuite jusqu’à environ 850 loups en 1994. Ceci étant précisé, les loups étaient encore très rare dans l’ouest de la Pologne (WPL).

En 1998, après une campagne pour la conservation à long terme de l’espèce, menée par des organisations non gouvernementales, les loups ont été classés parmi les animaux strictement protégés dans tout le pays et, au milieu des années 2000, ils ont commencé à recoloniser les vastes forêts des plaines en WPL. La colonisation des espaces à l’ouest (WPL) s’est faite sur de longues distances (376 ± 106.5 km) à partir de meutes venues de l’est (EPL).

 

Analyse des données et interprétation :

Zone de l’étude  (WPL)

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Secteurs numérotés = forêts où la présence du loup a été observée au moins une fois entre 1951 et 1997
1–Goleniow Forest, 2–Ryman Forest, 3–Slupsk Forest, 4–Tuchola Forest, 5–Drawsko Forest, 6–Walcz Forest, 7–Drawa Forest, 8–Cedynia Forest, 9–Notec Forest, 10–Sarbia Forest, 11–Bydgoszcz Forest, 12–Lubuskie Forest, 13–Rzepin Forest, 14–Lubsko Forest, 15–Lower Silesian Forest, 16–Rudy

Dans cette étude, les auteurs comparent le nombre et la répartition des loups en WPL sur la période déradication intensive (1951-1974) et sur la période de chasse récréative (1975-1997), avec la période de protection stricte de l’espèce, c’est-à-dire depuis 1998.

L’analyse des données historiques révèle qu’il n’y a pas de différence substantielle dans l’état de la population des loups en WPL, que ce soit pendant l’éradication intensive ou pendant la période de chasse récréative : Dans les deux cas, les meutes de loups en WPL sont rares (0 à 3 et 0 à 4 meutes chaque année, respectivement) et le nombre de naissances reste très faible. En revanche, en EPL, les loups sont abondants la plupart du temps. Après 1998, suite à leur protection stricte, les loups réapparaissent en WPL, en quelques années, avec un taux élevé de croissance démographique, atteignant 30 meutes en 2012.

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Nombre de meutes de loups et nombre de loups abattus en WPL entre 1956 et 2012

Après le déclin de la population lupine à environ 60 individus en 1972, l’inscription du loup sur la liste des espèces chassables en 1975 (avec une saison fermée de quatre mois dès la fin de 1981) était considérée, par les scientifiques et les chasseurs, comme le moyen le plus efficace pour augmenter le nombre de ce grand prédateur à travers toute la Pologne. Pourtant, ce phénomène n’est apparu qu’en EPL et dans les Carpates. Il n’y a eu aucune croissance significative de la population lupine en WPL suite à l’instauration d’une chasse récréative contrôlée.

La très nette différence entre le nombre de loups abattus en EPL et le nombre de loups abattus en WPL (figure ci-dessous) prouve que les loups étaient beaucoup plus abondants à l’est, même s’ils étaient soumis à une pression humaine immense. À cette époque, le crâne et la peau du loup étaient des trophées précieux pour les chasseurs dans tout le pays.

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Nombre de loups abattus par les chasseurs en WPL (noir) et en EPL (gris) entre 1956 et 1997

La persécution délibérée du loup à cause de l’hostilité humaine et de la peur, son éradication systématique par le chasseur qui ne veut pas de concurrent ou par l’éleveur qui n’accepte aucun dommage dans son troupeau ont entraîné la disparition de ce grand prédateur dans la majeure partie de l’Europe occidentale et centrale au XIXème et au XXème siècle. Mais dans de nombreuses régions, surtout au sud-ouest de l’Europe, le déclin des loups est également lié à une détérioration importante des milieux naturels, en particulier la déforestation, la fragmentation et l’isolement des habitats, en même temps qu’une diminution rapide du nombre des ongulés sauvages. Si on se réfère au contexte polonais, on constate paradoxalement que, juste après la seconde guerre mondiale, les cerfs élaphes étaient encore présents en WPL alors qu’ils avaient totalement disparu en EPL. Malgré le transfert de plus d’un millier de cerfs élaphes (au milieu des années 1950) de l’ouest vers l’est de la Pologne, la densité de ces cervidés étaient encore trois fois plus élevées en WPL qu’en EPL entre 1981 et 2004 (en moyenne 4 individus/10 km² à l’ouest contre 1,5 individus/10 km² à l’est). La situation était identique en ce qui concerne les densités des deux autres ongulés sauvages indigènes les plus représentés, à savoir chevreuil et sanglier, qui, avec le cerf élaphe constituent la majeure partie du gibier consommé par les loups en Pologne. Sachant que les enquêtes réalisées par les chasseurs sous-estiment systématiquement le nombre d’ongulés, les densités réelles en WPL étaient probablement beaucoup plus élevées que celles indiquées dans les données officielles. C’est effectivement ce qu’ont montré des études utilisant d’autres méthodes d’estimation plus objectives dans 2 forêts choisies en WPL : Les résultats donnent des densités extrêmement élevées, variant de 61 à 136 individus/10 km². Le grand nombre de cerfs élaphes abattus par les chasseurs chaque année en WPL (en moyenne 10,6 individus/10 km² en 1991) confirme que la densité de ces proies potentielles pour le loup était très forte dans cette région à cette époque. Ce contraste entre WPL et EPL subsiste encore aujourd’hui. Il n’est donc pas envisageable d’expliquer la rareté des loups en WPL durant la période de chasse récréative entre 1975 et 1998 par une pénurie de nourriture.

D’après la littérature scientifique, les trois facteurs les plus significatifs pour expliquer la raréfaction et le difficile retour des animaux sauvages à travers le monde sont : la perte de leur habitat, la forte densité humaine et l’hypertrophie du réseau routier.

En Pologne, le premier facteur n’est pas en cause puisque, après la Seconde Guerre mondiale, la couverture forestière a augmenté dans tout le pays de 21% (en 1946) à 29% (aujourd’hui), la plus rapide et la plus forte augmentation ayant eu lieu durant les vingt premières années (27% atteint avant 1970). De plus, la couverture forestière a toujours été plus élevée en WPL qu’en EPL.

Concernant le deuxième facteur, on constate bien une augmentation de la densité humaine en WPL (de 64 habitants/km² en 1950 à 108 en 2012) mais cette croissance de population s’est concentrée surtout dans les villes, la densité dans les zones rurales étant restée stable au cours de cette même période (entre 37 et 44 habitants/km²) et de toute façon bien inférieure aux chiffres se rapportant à l’ensemble du pays (entre 50 et 52 habitants/km²).

Concernant le troisième facteur, il est considéré comme limitant effectivement la présence du loup lorsque la densité des routes domaniales à surface dure est supérieure à 0,6 km/km² (accès facilité à travers les habitats, augmentation du risque d’accident par collision) mais des études plus poussées montrent que si les loups peuvent accéder librement à leurs refuges, alors ils ne sont pas impactés jusqu’à des densités de 3,7 km/km². Ceci étant précisé, la densité des routes du domaine public (empierrées, bétonnées ou asphaltées) à l’échelle de toute la Pologne est passée de 0,4 km/km² en 1950 à 0,8 km/km² en 1995. Pendant la période de retour et d’expansion du loup (entre 2001 et 2012), la densité de ces routes a encore légèrement augmenté jusqu’à 0,9 km/km².

Il faut donc admettre que la pénurie de loups en WPL, pendant la période de chasse récréative, ne peut s’expliquer ni par un déficit des habitats adaptés à l’espèce, ni par une densité humaine trop élevée, ni par un réseau routier domanial trop développé. Les auteurs ont même démontré, grâce au modèle d’adéquation de l’habitat (HSM *), qu’aujourd’hui encore, après des décennies de développement d’infrastructures humaines, il existe de nombreux habitats adaptés au loup en WPL représentant (en surface cumulée) 39 000 km², soit 63% de tous les habitats appropriés disponibles dans le pays. Théoriquement, une telle surface pourrait héberger jusqu’à 790 loups. De plus, les habitats adaptés au loup (à l’échelle de la Pologne entière) sont assez bien connectés entre eux par un réseau de corridors écologiques permettant une bonne dispersion de l’espèce entre EPL et WPL, ceci dans les 2 sens.

D’après les auteurs et dans ce contexte paradoxal, les facteurs réellement explicatifs de la rareté des loups en WPL entre 1975 et 1997 seraient plutôt liés à une chasse récréative intensive à la fois dans l’ouest et dans l’est du pays, à la grande distance qui sépare les habitats potentiels en WPL et les nombreuses meutes installées en EPL, et à un réseau de chemins forestiers excessivement développé en WPL qui donne aux chasseurs un accès très facilité au cœur même des habitats, jusqu’aux refuges des loups. Les analyses de la base de données sur la chasse entre 1981 et 1997 ont révélé que presque tous les loups détectés dans les zones de chasse situées en WPL pendant les recensements d’hiver ont été ciblés dans les plans de gestion et effectivement abattus. Des loups ont été également comptabilisés par anticipation dans les plans de chasse ou tout simplement abattus sans planification. La chasse en battue, qui est l’une des méthodes les plus courantes pour chasser les ongulés en automne et en hiver en Pologne, a été largement exploitée pour repérer et tuer accidentellementles loups effrayés, empêchés de s’enfuir par les rabatteurs.

Le nombre de loups tués chaque année en WPL au cours des périodes d’éradication systématique (1956-1974) et de gestion de la chasse récréative (1975-1997) sont comparables (2,6 et 3,0 loups tués par an respectivement). Dans les cas où des meutes de loups étaient repérées, les chasseurs abattaient souvent plusieurs animaux, y compris les couples α reproducteurs, ce qui conduisait probablement à la disparition de la meute. En EPL, principal foyer de migration potentielle vers WPL, la chasse récréative a atteint un maximum de 208 loups abattus en 1987 puis a chuté à 28 en 1997 en raison de la baisse importante du nombre de loups dans le pays. Cette énorme carnage a probablement entravé la dispersion sur longue distance des loups vers l’ouest. À cause de l’abattage systématique de tout nouveau arrivant détecté et de la destruction volontaire des meutes qui réussissaient à s’installer, la recolonisation du loup en WPL a été délibérément empêchée.

Bien que les loups soient réputés comme marcheurs infatigables, la distance moyenne de migration lupine enregistrée en Europe et en Amérique du Nord est environ 100 km, et la plupart des migrants (environ 80%) ne se déplacent pas à plus de 200 km. Seuls quelques loups (7%) parcourent plus de 300 km mais de tels records sont principalement effectués par les mâles (75%). En Pologne, la distance moyenne séparant les populations de loups installés en EPL pouvant migrer vers les habitats appropriés en WPL est évaluée à 376 ± 106,5 km et donc, sur d’aussi longues distances, on peut supposer que les migrants sont surtout des mâles. On constate effectivement que, parmi les loups abattus en WPL pendant la période de chasse récréative, la prévalence était forte chez les mâles (environ 80%). En conséquence, il y avait pénurie de femelles dans les populations locales à cette époque. Ce nombre limité de femelles a forcément réduit la probabilité des naissances dans les meutes en WPL et c’est ce taux de natalité faible conjugué à un taux de mortalité élevé (à cause des chasses intensives) qui a probablement conduit à l’extinction des populations locales par effet Allee.

Les chemins forestiers et autres chemins privés ainsi que le réseau irrégulier des routes forestières principales en WPL (densité moyenne en forêt : 3,9 km/km² et 2,5 km/km² respectivement) morcellent les zones boisées (même les plus grandes) en de petites cellules rectangulaires (de 500×500 m ou 700×350 m) ne permettant aucun refuge sûr pour les loups. La plupart de ces voies sont rectilignes, ce qui aidait les chasseurs à repérer et à tirer sur les animaux, même à longue portée. D’autre part, en circulant en voiture ou à pied, il était aisé d’y détecter la présence des loups puisqu’ils empruntaient eux-mêmes régulièrement ces routes et chemins, y laissant leurs traces et leurs marques d’odeur. Le repérage était particulièrement facile en hiver lorsque la neige était présente (ce qui était fréquent au XXème siècle) mais aussi en été à travers les plantations alignées en monoculture de pins qui offraient une excellente visibilité sur au moins la moitié des cellules limitées par les routes. Les traces et les marques de loup étaient également bien visibles sur les chemins sablonneux et ceci indépendamment des saisons. Les routes forestières privées ont également permis aux chasseurs de construire des miradors, bien dissimulés et situés à proximité d’un appât, le plus souvent, il s’agissait de la carcasse d’une proie tuée quelques jours auparavant par une meute. Il suffisait alors d’attendre que les loups reviennent sur les lieux pour terminer leur festin et, à ce moment là, des hommes enserraient un espace circulaire dans un filet avec des drapeaux rouges (fanions) et en resserrant le cercle rabattaient les loups (effrayés par le bruit des fanions) au milieu. Les chasseurs postés dans les miradors n’avaient plus qu’à tirer. Ils n’hésitaient pas à exterminer toute la meute par cette méthode appelée chasse aux fanions. En conclusion, à cause d’un réseau de routes forestières très dense en WPL, les chances pour les loups d’échapper aux manœuvres spécieuses des chasseurs étaient très faibles et l’efficacité des chasses redoutable.

Conclusion :

Cette étude démontre que la gestion par la chasse récréative de populations locales de loups tentant de s’établir dans des zones anthropisées et très éloignées de leur foyer d’émigration, doit être planifiée avec le plus grand soin, surtout quand le réseau des routes et chemins forestiers est très développé, permettant aux chasseurs un accès direct et facilité à la plupart des refuges de l’animal. À partir d’une certaine limite, la chasse récréative peut avoir les mêmes effets dévastateurs sur l’espèce du prédateur chassé que son éradication systématique. Ce genre de chasse ne peut donc pas être autorisée sans une analyse précise de la viabilité des populations locales et de leur connectivité avec d’autres sous-populations. De même, la chasse au loup intensive dans les zones qui sont la seule source d’émigration potentielle peut avoir une influence négative sur le nombre et la survie des populations qui dépendent de cette source. Ces recommandations prennent une importance toute particulière quand les loups migrants recolonisent des régions où ils ont été exterminés pendant des siècles et quand leur habitat forestier historique a été complètement transformé pour des raisons anthropiques.

 

(*) Addendum :

Après la décision du gouvernement Polonais de protéger strictement les loups en 1998, les populations lupines ont commencé à se recréer lentement dans le pays. D’abord à l’est, où les loups se sont reproduits avec succès, puis à l’ouest, quand les jeunes se sont lancés à la recherche de nouveaux territoires, ce qui a permis aux scientifiques d’évaluer la pertinence de leurs prédictions.

Le 16/08/2017, Sabina Nowak, Robert W. Mysłajek et al. publient dans le journal Diversity and Distributions un article intitulé Sedentary but not dispersing wolves Canis lupus recolonizing western Poland (2001–2016) conform to the predictions of a habitat suitability model dans le but de comparer les prédictions du modèle d’adéquation de l’habitat (HSM) pour les loups en Pologne avec la distribution réelle de ces grands prédateurs en WPL après 15 ans de recolonisation.

Le modèle a bien fonctionné : Les couples α et les meutes se sont effectivement installés dans les zones prédites par HSM correspondant à un bon et à un très bon habitat, dans des secteurs caractérisés par un important couvert forestier et de faibles densités de routes. Les meutes avec des louves en gestation se trouvaient dans les habitats de meilleure qualité, caractérisés par une couverture forestière encore plus dense et un nombre encore plus faible d’infrastructures anthropiques. Les individus isolés en cours de migration se retrouvaient dans les habitats les moins adaptés ou de mauvaise qualité mais ils évitaient les habitats les plus pauvres. Dans la phase initiale de recolonisation, les secteurs sélectionnés par les loups qui s’installaient et ceux explorés par les loups dispersés ne différaient pas vraiment d’un point de vue de la qualité de l’habitat mais, ultérieurement, au fur et à mesure que les meutes occupaient les territoires les mieux appropriés en WPL (jusqu’à saturation), les loups isolés apparaissaient dans des habitats de moins en moins bien adaptés.

Le modèle HSM pour les loups polonais ayant prédit avec une grande précision les zones occupées par les meutes de loups dans la partie occidentale du pays, une approche similaire pourrait être exploitée pour prédire la répartition future des loups dans les basses terres de l’Europe centrale et occidentale où les conditions environnementales sont comparables et pour lesquelles les loups colonisateurs proviennent du même foyer d’émigration (des analyses génétiques prouvent que les loups colonisant le centre et le nord de l’Europe sont originaires du nord-est de la Pologne).

Déjà, les loups sont de retour en Allemagne (Vidéo ZDF 2009)

et même

peut-être en Belgique (Video RTBF 2017)

(*) Les modèles d’habitat sont des outils souvent utilisés pour la conservation de la nature et la gestion de l’environnement, essentiellement pour prédire le développement des populations d’espèces menacées. Cependant, il est rare de pouvoir tester les hypothèses de ces modèles in situ, sur des cas réels. L’opportunité de pouvoir vérifier la pertinence du modèle HSM sur les données disponibles acquises pendant la recolonisation de l’ouest de la Pologne par les loups venus de l’est est un cas unique en Europe particulièrement intéressant.

 

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Parole de Vikings

Plus de 1000 ans après la première rune Fé (ou Fehu), la malédiction des Vikings s’est réalisée.

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Ce raccourci mérite quelques explications que je fournis ci-dessous. Mais avant tout, imaginez l’époque, quand la planète était verdoyante et abondamment peuplée d’une infinie diversité d’espèces végétales et animales vivant en harmonie dans un espace minéral et fluvial intact. Il n’y a pas si longtemps ! L’humain y avait sa place et jouait son rôle ni plus, ni moins.

Aujourd’hui la planète est exsangue, des espèces disparaissent par dizaines de milliers chaque année, le climat s’est modifié sur une période anormalement courte entraînant catastrophes naturelles et désertification. En même temps, l’humain est de moins en moins apte à survivre en nature mais de plus en plus puissant pour s’isoler dans un monde artificiel grâce à des technologies aussi redoutables pour l’environnement qu’efficaces pour lui permettre de se répandre et de puiser la totalité des ressources naturelles.

Face à une telle situation, quelques personnes sensées ont compris qu’il est grand temps de réagir car sans la nature nous n’existons pas et la détruire revient tout simplement à nous détruire à plus ou moins brève échéance. Alors on nous dit qu’il faut limiter le saccage des ressources, qu’il faut protéger l’environnement, qu’il faut redonner sa place au sauvage (tout en conservant son petit confort et en assurant des énormes profits aux banques et industries). Que de beaux discours … encore faut-il savoir quelle place accorder à la nature et comment faire ? Le débat est ainsi lancé et on nous parle de cohabitation avec les autres espèces et en particulier avec les grands prédateurs qui sont nos concurrents intraguildes depuis que nous savons chasser et nos ennemis depuis que nous savons cultiver la terre et élever du bétail.

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Si on considère que nos civilisations du progrès technologique et nos sociétés de consommation sont la cause principale de la maladie affectant la planète, alors on doit admettre que certaines zones (moins riches et moins développées) sont moins touchées que d’autres. En particulier, la cohabitation entre vie sauvage et activités humaines marche assez bien dans les pays qui ont su conserver une certaine authenticité des valeurs traditionnelles héritées de leurs ancêtres. Elle est, par contre, en échec total dans les pays où le libéralisme marchand et la modernité ravagent tout sur leur passage pour assurer enrichissement et ludisme.

Cette constatation me donne envie de partir plus de mille ans en arrière, à l’époque des Vikings, et plus exactement à reprendre le vieux poème runique norvégien qui commence ainsi :

« les humains se disputent pour la richesse » / « le loup grandit dans la forêt »

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En fait, il s’agit de la première rune «  » (ou Fehu) et de la strophe correspondante :

« Fé vældr frænda róge » / « føðesk ulfr í skóge »

Il est très intéressant de noter la signification de la rune «  » (ou Fehu) qui est traduite habituellement par le mot « richesse » mais qui, à cette époque, était aussi assimilée au « bétail ».

 

La symbolique est forte et troublante car prémonitoire tant il est vrai qu’aujourd’hui :

« Le loup crève dans ce qui reste de forêt pendant que le troupeau civilisé dévore la planète »

J’ai fait un petit montage vidéo sous Youtube pour illustrer cet article.

 
 

Canis Lupus Moscovitus : chien féral urbain

chien feral russe

Le chien et le loup appartiennent à la même espèce (Canis Lupus) qui est décomposée en une quarantaine de taxons mais il est surprenant de constater que 95 % de ces taxons servent à inventorier 36 sous-espèces de loups et seulement 2 sous-espèces de chiens sauvages (le dingo et le chien chanteur). Un bestiaire scientifique qui se veut représentatif de la faune sauvage ne peut pourtant pas ignorer la multitude des sous-espèces de chiens férals. Il est vrai que ces animaux redevenus sauvages perturbent le dogme écologique et qu’on préfère les classer dans la catégorie des chiens parias plutôt que de les étudier.

Ceci étant précisé, en sciences comme dans tout commerce, il existe des modes et des lobbies : Qui voudrait financer des programmes de recherche pour valoriser ces corniauds considérés comme laids et inutiles par les bobos occidentaux nostalgiques de pureté ? On préfère satisfaire ceux qui utilisent la Nature comme business (paysans et bergers) et qui, pour quelques poules ou moutons perdus, voudront exterminer ces monstres à quatre pattes … ils trouveront toujours quelques scientifiques peu scrupuleux pour les soutenir et prouver que le chien féral est nuisible et invasif.

Dans ce contexte, il n’est pas facile de trouver un chercheur à la fois compétent dans le domaine et objectif, qui présente le chien féral positivement d’un point de vue écologique. Ne trouvant rien de vraiment sérieux dans les revues anglo-saxonnes, c’est dans les revues éditées en langue Russe que j’ai pioché des articles pertinents et suffisamment documentés pour en extraire des informations consistantes que je présente ci-dessous.

Poyarkov

En fait, je me suis inspiré des publications et des ouvrages édités par Andrei D. Poyarkov : un biologiste moscovite spécialiste des loups et de l’éthologie des canidés en général. Né en 1953, il étudie (depuis 1979) le comportement des « chiens sans maître » vivant dans les rues de Moscou et il a publié une thèse doctorale sur «l’organisation sociale des chiens errants» en 1992 (*). Il a poursuivi ses recherches sur le terrain dans différentes régions de l’ex-URSS (Europe et Asie), de la Mongolie et de la Chine ce qui lui a donné une grande notoriété dans son domaine. Directeur de Recherche à l’Institut Severtzov d’Écologie et de l’Évolution (A. N. Severtzov Institute of Ecology and Evolution, Russian Academy of Sciences, Moscow), il est responsable de plusieurs programmes internationaux et membre de différents groupes d’experts pour l’étude des populations, de l’organisation sociale et de l’écologie comportementale des canidés et des grands félins.

(*) Titre exact : Социальная организация бездомных собак в городских условиях
« Organisation sociale des chiens errants dans un environnement urbain »
Thèse doctorale présentée le 03.04.1992 en Zoologie (Institut A. N. Severtzov à Moscou)

L’expérience de ce chercheur est unique et fondamentale pour comprendre l’évolution et l’écologie du chien féral. D’autant plus que ses résultats s’opposent très largement aux études scientifiques occidentales dont la connotation discriminatoire et le parti pris sont indéniables. L’expertise de Poyarkov est pourtant incontestable et ses compétences sur un grand nombre de prédateurs comme le loup mais aussi des espèces rares (Coordinateur du programme WWF pour l’Étude et la Conservation du Léopard des neiges en Russie de 1998 à 2000, Membre de l’Association Theriologique rattachée à l’Académie des Sciences Russe – groupe spécialistes des canidés – de 1990 à 2010, Secrétaire Scientifique des experts Russes auprès de l’UICN pour la liste rouge des espèces menacées) lui permettent d’avoir un avis pertinent et très circonstancié dans son domaine. Par ailleurs, il est un des rares scientifiques à avoir effectivement observé des chiens ensauvagés en grand nombre et sur une longue période, même si leur environnement restait essentiellement en milieu urbain.

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Andrei Poyarkov étudie les chiens errants de Moscou depuis presque 40 ans et il a constaté que leur apparence et leur comportement ont évolué sur cette période jusqu’à constituer une espèce (*) à par entière. Plus précisément, presque tous ces chiens sont nés dans la rue et il forment des groupes homogènes à tel point que tout intrus (chien de propriétaire abandonné par son maître ou échappé) n’a pratiquement aucune chance de s’adapter ou de s’intégrer. De même, la sélection naturelle est telle que moins de 3 % des chiots atteignent l’âge adulte : Pour survivre le chien féral moscovite a vraiment besoin d’être le mieux adapté possible à cette niche écologique urbaine très particulière.

(*) Biologiquement, une espèce est définie comme un ensemble d’êtres vivants se ressemblant morphologiquement et génétiquement, capables de se reproduire entre eux dans des conditions naturelles (c’est-à-dire hors influence humaine). Les trois caractéristiques fondamentales pour une espèce en relation avec son environnement sont : une aire de répartition, un habitat (qui lui assure abris et nourriture) et une niche écologique (pour assurer la coexistence des différents groupes dans le même habitat où chacun pourra jouer son rôle).

Il estime le nombre de chiens férals moscovites à 30-35000 individus actuellement (ils étaient environ 25000 en 1997) et affirme que cette population canine est auto-régulée principalement à cause des quantités de nourriture limitées. Ce chiffre représente une densité moyenne de 20 à 25 chiens par km² dans le périmètre de Moscou avec une forte variabilité entre le centre ville, les zones industrielles et les parcs et forêts. Il précise que certains experts ont estimé cette même population à un demi-million, ce qui est tout simplement un non-sens. Selon Poyarkov, le nombre actuel est un maximum qui ne sera pas dépassé et c’est pour cela que très peu de chiots atteignent l’age adulte.

Contrairement à de trop nombreux experts en canidés, qui sacralisent les sous-espèces lupines de Canis Lupus, Poyarkov considère le loup comme un autre chien sauvage et analyse les différences qui le distinguent du chien féral.
La principale différence, dont découlent toutes les autres, est liée à la densité d’occupation géographique : 35000 chiens errants vivent dans la seule mégapole moscovite alors que 55000 loups se répartissent dans toute la Fédération de Russie. Or la densité des populations détermine la fréquence de contacts des animaux entre eux, ce qui affecte directement leur comportement, leur psychologie, leur résistance au stress et, finalement, leur attitude vis à vis de l’environnement.
Ainsi, les chiens sont beaucoup plus tolérants les uns par rapport aux autres et ils ont tendance à être moins agressifs que les loups. Les règles entre les meutes sont aussi influencées par la plus ou moins grande proximité : chez les loups chacun respecte strictement son territoire alors qu’une meute de chiens peut chercher à dominer une autre meute, les chefs de meute se surveillant mutuellement, certains pouvant même parfois se joindre temporairement à une meute voisine.
Suite à ses observations, Poyarkov a constaté que le leader de la meute la plus respectée n’est pas nécessairement le plus fort ou le chien le plus dominant mais le plus intelligent et il est reconnu comme tel par tous les autres chiens. La survie de sa meute en dépend.

Actuellement, les chiens errants moscovites sont dans un stade intermédiaire entre chiens domestiques et loups, qui correspond à la première phase d’un retour à la vie sauvage. Ce processus n’est plus réversible. En particulier, la domestication d’un chien errant est quasi impossible et son incarcération dans un local fermé serait pour lui insupportable.

Poyarkov rappelle que, génétiquement, loups et chiens sont presque identiques. Les différences substantielles entre les 2 sous-espèces étant uniquement dues à la domestication qui a modifié un certain nombre de paramètres hormonaux et comportementaux. C’est donc la domestication et la sélection anthropique qui ont changé les animaux en les rendant essentiellement moins agressifs. Il fait référence aux travaux du biologiste soviétique Dimitri Belyaev, qui avait fondé (vers 1950) un centre de recherche pour l’étude du renard argenté à Novossibirsk. Belyaev voulait tester sa théorie selon laquelle le principal effet de la domestication sur les renards était une diminution de leur agressivité. Belyaev a d’abord sélectionné les renards qui avaient le moins peur des humains puis il les a fait se reproduire. En 10 à 15 ans, les nouvelles progénitures firent preuve d’affection vis a vis de leurs gardiens : elles aboyaient pour qu’ils s’approchent, remuaient la queue et mettaient leurs oreilles en arrière (parfois même elles les léchaient). Par ailleurs, des taches ont commencé à apparaître sur leur pelage : c’était une réaction inattendue associée, en fait, à une réduction du niveau d’adrénaline, lui-même lié au niveau de mélanine qui contrôle les processus de pigmentation.

Pour Poyarkov, le processus d’ensauvagement observé chez le chien féral moscovite est exactement l’inverse du processus de domestication décrit par Belyaev. Autrement dit, le chien errant de Moscou est plus sauvage et plus agressif que le chien domestique (mais moins que le loup). Il remarque, d’ailleurs, que les chiens errants remuent rarement leur queue et ont peur des humains (ne leur témoignant aucun forme d’affection). Enfin, leur pelage est de couleur fauve sans aucune tache de coloration très pigmentée.

Le premier à avoir écrit sur les chiens errants de Moscou est le célèbre journaliste Vladimir Gilyarovsky, dans la seconde moitié du XIXe siècle, mais Poyarkov considère qu’ils existent depuis aussi longtemps que la ville existe. Ceci dit, il faut distinguer plusieurs catégories de chiens errants car, contrairement au loup, ils sont capables de s’adapter à de multiples niches écologiques sur un même territoire. C’est ce qui explique leur grand nombre (très supérieur à celui du loup) mais c’est aussi ce qui explique un certain polymorphisme, qui est fonction de la diversité des niches écologiques exploitées et donc des traits du comportement associés. La multiplicité des niches offre plus de ressources et plus d’opportunités de survie, ce qui conduit le biologiste Russe à distinguer quatre catégories de chiens errants (associées à quatre niches) selon leur capacité à approcher les humains et leur façon de se nourrir. Il est intéressant de constater que ces catégories vont du « domestique » au « sauvage ». Nous les présenterons dans cet ordre.

Première catégorie : Ceux-là sont restés très proches des humains. Ils occupent les parkings, les entrepôts, les hôpitaux ou toute infrastructure urbaine clôturée et gardée. Ils obtiennent de la nourriture de la part des personnels (en particulier des gardiens, Poyarkov les appelle « chiens de garde » pour cette raison) et ils aboient quand un intrus approche.

Deuxième catégorie : Ce sont les « chiens mendiants ». Ils vivent en petites meutes et savent repérer les passants qui leur donneront à manger. Si le chien est intelligent et qu’il ne reçoit pas assez de nourriture de la part du chef de meute, alors il quittera le groupe pour chercher seul sa propre nourriture (il aura appris à mendier en observant ses congénères).

Ces canidés semi-férals sont commensaux de l’humain mais, contrairement aux chiens domestiques, ils ne pourraient pas appartenir à un seul propriétaire. Ils vivent en meutes et leur organisation sociale complexe est parfaitement adaptée à la niche écologique qu’ils occupent. Ils sont libres et difficilement adoptables. Leur imagination est sans limite et ils utilisent plusieurs techniques pour mendier sans effrayer les gens, comme par exemple envoyer les plus petits chiens quémander ou bien se rapprocher discrètement d’un passant qui grignote et lécher les miettes tombées au sol espérant recevoir un plus gros morceau. Ils sont observateurs et apprennent vite. Par exemple, ils savent traverser la rue comme les piétons en respectant les feux de signalisation (étant donné que les chiens ont une vision dichromatique, on pense qu’ils repèrent d’autres indices tels que les formes ou les positions des signaux changeants). Mais ils sont aussi « psychologues » : Ils savent reconnaître le comportement d’un humain qui acceptera de leur donner un bout de nourriture et ils choisiront la technique la mieux adaptée à la situation. Ils ont aussi compris comment se faire accepter et surtout ne pas déplaire aux passants : Ils ne se montrent jamais agressifs, souvent affectueux et même leur défécation ne dérangent personne car ils cherchent des endroits loin des zones de passage. Les moscovites considèrent que ces chiens errants font partie de leur ville et beaucoup de gens acceptent de les nourrir. Certaines personnes vont même construire des abris de base pour eux en hiver. En tout cas, ils sont au moins tolérés par la plus grande majorité des Russes.

Il existe une sous-catégorie de « chiens mendiants » très révélatrice de leur niveau d’intelligence : Ce sont les « chiens du métro de Moscou ». Ils sont apparus à la fin des années 1980 au cours de la Perestroïka. Il y avait plus de nourriture, les gens vivaient mieux et l’habitude de nourrir ces petits vagabonds s’est progressivement mise en place. Il y aurait environ 500 chiens qui se réfugient dans les stations de métro de la capitale, notamment en hiver, et quelques dizaines d’entre eux « savent prendre le train ». Au début, c’était pour eux un moyen d’étendre leur territoire mais c’est devenu un mode de vie, une nouvelle niche écologique. Andrei Neuronov, un autre biologiste Russe spécialiste du comportement animal, explique : « Ces chiens savent où ils sont par l’odorat, ils reconnaissent le nom de la station annoncé par les haut-parleurs et ils ont appris les cycles de la semaine en adaptant leur horloge biologique. Par exemple, si vous venez tous les lundis nourrir l’un d’eux, il aura enregistré la station, le jour et l’heure de votre visite et il sera au rendez-vous ».

Troisième catégorie : Il s’agit des « chiens détritivores ». Ces canidés presque sauvages ont très peu de contacts avec les humains dont ils se méfient (ils fuient les rues très passantes ou trop animées) mais ils dépendent des infrastructures urbaines dans lesquelles ils fouillent les déchets. Ainsi, ils trouvent leur nourriture principalement dans les ordures et dans les poubelles. À l’époque soviétique, il y avait peu de détritus alimentaires dans les rues, ce qui limitait le nombre de ces chiens (d’autant plus que l’État organisait des rafles pour les exterminer en masse) mais avec l’avènement de prospérité post-soviétique, leur nombre a nettement augmenté (les autorités sont aussi plus tolérantes avec ces animaux et les rafles ont cessé).

Quatrième catégorie : Cette catégorie regroupe des chiens complètement indépendants de l’humain et de ses activités. C’est la plus intéressante sur le plan écologique puisqu’elle correspond à une émancipation totale de la domestication et à un véritable retour à la nature (ici en milieu urbain). On pourrait parler d’une sous-espèce à part entière et la nommer Canis Lupus Moscovitus (puisque son aire de répartition est limitée à la périphérie de Moscou). Poyarkov l’appelle plus simplement catégorie des « chiens sauvages ».

Les gens considèrent ces chiens comme dangereux car ils ne les connaissent pas et de nombreuses rumeurs injustifiées circulent à leur sujet. En réalité, ces chiens, qui contrôlent la majorité de leur territoire, sont effectivement des prédateurs mais ils chassent essentiellement les souris, les rats et parfois les chats. Ils peuvent s’approcher du centre ville mais, la plupart du temps, ils restent à proximité des complexes industriels et dans les parcs forestiers de l’agglomération moscovite. Ce sont des animaux nocturnes qui sortent dans les rues lorsque celles-ci sont désertées.

Ces évidences n’empêchent pas certaines associations de défense d’une « Nature sacralisée à leur goût » d’accuser les chiens férals moscovites de tuer cerfs, daims et écureuils dans le parc national de Lossiny Ostrov (situé en partie sur le territoire de la ville de Moscou et en partie sur celui de l’oblast de Moscou). De même, certains militants des droits des animaux accusent les chiens errants de se jeter sans pitié sur les chats dans le centre de la métropole.

Poyarkov a mené de nombreuses études sur ces sujets avec ses collègues, spécialistes de la faune sauvage et des canidés à l’Institut d’Écologie Severtzov. Le chercheur est catégorique : Il n’y a pas de cerfs aux abords de la ville et les chiens errants ne tuent ni les cerfs, ni les daims, ni les grands animaux en général. Il explique que les cervidés ont été éliminés par les chiens de propriétaires et par les braconniers et que ceux qui ont été repérés à Abramtsevo (au nord de la ville) avaient été attirés dans ce secteur pour mieux les piéger. Il précise aussi qu’il y a plus de 600 mille chiens domestiques dans la région alors que les chiens errants ne dépassent pas 35 mille et que, bien sûr, le nombre de chiens férals est encore bien inférieur.

Concernant le danger vis a vis de l’humain, il est plus faible avec les chiens errants qu’avec les chiens de propriétaire. Le danger est même complètement nul avec les « chiens mendiants » qui ne mordent jamais (les passants ne devraient pas en avoir peur). Quant à la troisième et surtout la quatrième catégorie, ce sont des animaux sauvages qui fuient naturellement l’humain mais il faut, évidemment, respecter leur liberté et éviter de s’en approcher par force (en particulier, si vous cherchez à leur tendre la main, vous envahissez leur territoire et il le protège).

Enfin et pour répondre aux prétendus défenseurs du droit des animaux qui veulent (pourtant) détruire les chiens sauvages moscovites, Poyarkov répond qu’alors d’autres chiens férals (venus d’ailleurs) occuperont l’espace à leur place et que ceux-là seront moins bien adaptés puisqu’ils ne connaîtront pas l’environnement de leur nouveau territoire. Dans ce cas, des agressions seraient inévitables, non seulement avec leurs concurrents locaux survivants mais, peut-être aussi, avec l’humain qui chercherait à les chasser. Éliminer une sous-espèce sauvage qui occupe un territoire en harmonie avec les autres espèces est irresponsable et les conséquences sont toujours un déséquilibre préjudiciable à l’écosystème. On peut citer l’exemple de l’Angleterre où, suite à l’extermination des chiens errants, les renards (bien moins adaptés aux conditions urbaines) sont venus en masse. On peut aussi citer l’Allemagne où les ratons laveurs sont nettement surnuméraires depuis le IIIème Reich, notamment suite aux bombardements alliés ayant détruit tous les chiens errants qui rôdaient autour de Berlin. À Moscou, ce ne seraient sans doute ni les renards, ni les ratons laveurs qui prendraient la place des chiens mais les rats. Ces rongeurs omnivores sont très résilients et réactifs à la disponibilité d’un espace : Dès qu’un rival disparaît de son territoire, leur nombre augmente instantanément. Ils sont très prolifiques : un couple peut produire jusqu’à deux mille individus par an car leurs progénitures se reproduisent entre elles. Les rongeurs sont les plus résistants à l’éradication des animaux par l’humain. Par exemple, avant les Jeux Olympiques-80, lorsque la capitale a été « nettoyée » des rats mais aussi des chats et des chiens vagabonds, les rongeurs ont retrouvé très vite leur capacité d’envahissement et le manque de prédateurs à fortement accélérer ce processus.

L’Homme est tout de même un animal étrange. Il a construit un monde à son goût pour satisfaire ses propres besoins (et surtout ses caprices) au détriment de la vie sauvage. Il a civilisé les peuples, il a anthropisé les espaces, il a domestiqué des animaux, il en a chassé d’autres, certains jusqu’à l’extinction. Aujourd’hui, il sacralise cette Nature qu’il a tellement massacrée. On entend même parler de rewilding, de retour au sauvage. On sent, derrière tout ça, une certaine nostalgie du passé comme si une certaine mode écologique consistait à vouloir retrouver la nature de ses ancêtres. Et là, dans le cas du chien qui est en train de s’ensauvager et de retourner naturellement vers son ancêtre Canis Lupus, l’Homme monte sur son piédestal et appelle à l’éradication de ce canidé sauvage comme il appelait à l’éradication du loup autrefois.

Vraiment, est-ce que l’Homme moderne est sérieux ?

Rendons-nous à l’évidence, gardons les pieds sur terre, le retour au passé est impossible et ce monde idéal où l’humain pourrait vivre en harmonie avec une nature sanctuaire, vierge et pure comme dans les fables pour enfant est à la fois utopique et peu souhaitable car nous disparaîtrions aussi vite qu’un animal dégénéré surnuméraire. La petite maison dans la prairie, c’est pour faire rêver les enfants de ce que serait le monde si l’humain était resté modeste mais la réalité est bien différente : nous sommes adaptés à des mégapoles aussi tristes qu’un désert de béton. Alors laissons pousser les quelques arbres qui réussissent à percer l’asphalte, laissons se développer les parcs et autres réserves naturelles et arrêtons de réduire sans cesse ces espaces de liberté. Respectons les chiens férals qui servent à nettoyer la ville et à contrôler les populations de rats ou autres animaux trop prolifiques. Ce sont les prédateurs les mieux adaptés au monde qu’on a créé, laissons les libres et ne cherchons pas à les réguler, ils le font très bien tout seuls. Continuons à protéger les loups mais ils faut bien admettre qu’ils ne font plus partie de notre monde anthropique qui s’agrandit chaque jour un peu plus. Leur place est dans les grands espaces sauvages et surtout dans les forêts non morcelées … il en reste si peu !

 

À propos de la dangerosité des chiens férals

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La dangerosité chez le chien n’est pas génétique mais comportementale : il s’agit d’un caractère acquis (et non pas inné) dû aux effets d’un environnement construit (et non pas naturel). De ce point de vue, nos civilisations ont créé des monstres, même si la plupart ont l’air bien sympathiques. Plus généralement et depuis que l’Homme veut réinventer le monde, on constate une dégénérescence du sauvage par domestication. Il en va du cochon, du chien comme de l’humain.

Le sujet est tabou, pourtant Konrad Lorenz ose publier (en 1940) un article faisant une analogie entre « animal domestique » et « humain civilisé » basée sur trois caractéristiques essentielles à l’équilibre des espèces : (1) l’alimentation, (2) la sexualité, (3) la maturité. Dans les deux cas, il met en évidence (1) un manque de contrôle des mécanismes de l’appétit pouvant entraîner l’obésité, (2) des problèmes de régulation de la sexualité et une hypersexualisation, (3) une régression infantile (les adultes se comportant comme des individus sauvages immatures ayant une forte attirance pour le jeu).

Dans le cadre de cette réflexion sur la dangerosité, c’est surtout le 3ème point qu’il faut analyser. En terme scientifique, on parle de pédomorphisme qui serait induit par une forme d’auto-domestication du sauvage : « Le pédomorphisme est défini par la rétention d’un caractère juvénile lors de la maturité. Il résulte d’une réduction des taux de changements lors du développement, c’est-à-dire que l’adulte traverse moins d’étapes au cours de sa croissance et qu’il ressemble à un stade juvénile de son ancêtre. »

Concernant notre ami canin, nous pouvons dire que, à cause de ce pédomorphisme, un chien domestique adulte se comporte exactement comme un louveteau et pas du tout comme un loup adulte. En particuliers, il n’est pas vraiment prédisposé à chasser pour se nourrir et s’il semble parfois chasser en courant derrière un lapin ou un mouton, c’est uniquement par jeu (éventuellement exacerbé par son maître !). D’ailleurs, s’il tue l’animal, il ne le mangera pas mais cherchera à en tuer d’autres et ceci sans aucune limite puisque rien n’auto-régule ce comportement purement ludique. Il y a probablement aussi une forme d’atavisme dans ce simulacre de prédation (s’exprimant de manière variable selon les individus et leur environnement) mais il est certain que le chien domestique n’est pas capable de faire le lien entre la mise à mort et la consommation de sa proie.

C’est hélas ce qui explique le fait que les chiens domestiques divagants (échappés ou laissés libres de vagabonder par leurs propriétaires et donc généralement bien nourris), occasionnent des dommages bien plus importants sur le cheptel domestique que les loups sauvages qui tuent juste pour manger et uniquement des bêtes faibles ou malades (sauf exceptionnellement quand il faut revigorer la meute et que la louve alpha désigne alors un ongulé sain).

La dangerosité de canis lupus et le danger potentiel qu’il représente pour la biodiversité étant liés à sa domestication, il est fondamental d’étudier le processus d’ensauvagement (évolution à l’envers) du chien féral qui, après quelques générations hors influence humaine, perd la plupart des caractères acquis incriminés.

Il est anormal que cette sous-espèce ne soit pas distinguée de familiaris (son ancêtre domestique) dans la classification taxinomique puisque son comportement est radicalement différent et qu’il occupe une niche écologique à part entière. Encore plus diabolisé que le loup n’a jamais été, réduit au rang d’animal maléfique et nuisible, son image est trop souvent rattachée à la déchetterie de nos civilisations. Il est devenu le bouc émissaire idéal désigné par tous les acteurs de nos sociétés bien pensantes : aussi bien par les défenseurs de la nature (qui l’accusent de nuire aux autres prédateurs sauvages) que par les exploitants de la nature (qui l’accusent de détruire leur source de profit).

Dans son article « Entre domestique et sauvage : le cas du chien errant. Une liminalité bien dérangeante », Sophie Bobbé écrivait : « Le chien errant reste encore aujourd’hui le grand absent du bestiaire local. Tandis qu’ours et loup ont la vedette, le chien errant ne semble pas mériter de tenir le premier rôle. De ses actes, on ne parle pas. Simple argumentaire dans la prose journalistique, on le découvre parfois au détour d’une chronique consacrée au loup. Et c’est toujours dans une perspective comparatiste que ses méfaits sont mentionnés (…) Il s’agit alors de dénoncer ses prédations (…) ou encore de démasquer les « pro-loups » qui ne manquent pas d’utiliser le chien errant comme faire-valoir de leur protégé (…) Dans ce cas, on s’en doute, le chien errant est d’une grande utilité … – Les chiens errants et la foudre sont les causes les plus dangereuses de la destruction des troupeaux – (propos de Benoît Goossens, responsable de la section Isère du Groupe Loup, rapportés par Andrée Couturier dans Chasse gestion, n° 77, 1998, p. 59) . »

Il existe bien quelques études qui (pour disculper le loup) montrent que l’essentiel des problèmes causés sur les troupeaux est lié à la divagation des chiens domestiques de voisinage (des résidents, des touristes, des fermiers, des chasseurs, des bergers) et très rarement aux chiens férals mais la communauté scientifique n’est pas assez catégorique sur ce sujet et de trop nombreux articles restent ambigus voire contradictoires, ce qui crée une grande confusion et banalise l’abattage systématique des chiens ensauvagés considérés alors comme nuisibles et dangereux.

 

Qui veut noyer son chien, l’accuse de la rage

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Agri-business, Ecolo-business, Charity-business : Quand l’argent coule à flot, il y en a pour tout le monde. Même les Associations, même les Scientifiques se prêtent au jeu de la désinformation et de la délation. Qui oserait contester ces prétendus experts (aidés par leur corporatisme et leurs fameuses revues scientifiques avec comité de lecture) qui ont pignon sur rue ? Qui oserait douter de ceux qui se présentent comme les défenseurs ou les protecteurs de la Nature ? Pourtant, il faut bien reconnaître qu’on nous ment depuis trop longtemps et qu’on nous prend pour des ignorants incapables d’observer et de penser. Hier, c’était les renards qui se faisaient massacrer sur la base de faux arguments scientifiques. Aujourd’hui, ce sont les chiens férals qui sont accusés de tous les vices et condamnés à l’avance par le législateur, livrés à la vindicte populaire et à la folie meurtrière des chasseurs psychopathes. Pour justifier cette forme de zoocide, des chercheurs (surtout américains mais aussi quelques italiens) n’hésitent pas à publier des articles très sérieux, dans des revues très recommandables, alors qu’ils ne savent même pas distinguer un chien féral d’un chien de propriétaire échappé ou divagant. On retrouve toujours derrière ces manipulations (plus médiatiques que scientifiques) une connotation raciste ou spéciste et c’est bien sur ce terrain qu’il faut s’opposer à ces imposteurs associatifs ou scientifiques en les mettant face à leurs responsabilités. Ces gens voudraient créer une Nature à leur goût (par fanatisme) ou au goût de leurs financeurs (par intérêt). Dans les deux cas, ces gens sont dangereux. Appelons les choses par leur nom : ils font de l’eugénisme et ils entraînent avec eux des millions de « bénis oui oui » en extase devant certains clichés. Amis des loups, ne tombez pas dans ce piège … chiens et loups sont la même espèce ! Aucune forme d’intelligence humaine ne doit entraver les équilibres naturels et la concurrence intraguilde. La notion d’espèce invasive est une stupidité anthropocentrique inventée par nos civilisations dites du progrès pour se disculper du désastre écologique qu’elles ont créé.

Afin d’éviter toute diffamation sur un sujet aussi sensible qui concerne des chercheurs renommés et des organismes reconnus vierges de tout soupçon, je ne citerai aucun nom propre ni aucun acronyme suspects. Je me contenterai de « déterrer » deux vieux articles (extraits du Républicain Lorrain pour le Luxembourg) qui dénonçaient (il y a 30 ans) le scandale de la désinformation scientifique pour justifier l’extermination des renards.

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Arrêtez le massacre !

Archive du Républicain Lorrain (5 août 1986)

Jamais on n’a autant lutté contre la rage. Et jamais elle ne s’est mieux portée. Jamais on n’a tué autant de renards (et des milliers d’autres animaux avec) et jamais la rage n’a autant progressé. C’est que les deux – la tuerie et la rage – sont liées, l’une entraînant l’autre ! Cela peut paraître aberrant à première vue, cela est paradoxal en effet, mais c’est un fait : tuer les renards aide la rage, aide à la propager, à l’entretenir, à la répandre de plus en plus. Les faits sont là : depuis une vingtaine d’années en Europe occidentale, les renards sont persécutés sans merci : par millions, ils ont été gazés, piégés, empoisonnés, abattus, piétines à mort (les renardeaux au sortir de leurs trous…). Et simultanément, la rage n’a cessé d’avancer comme jamais dans toute son histoire.

C’est que la lutte contre la rage au moyen dudit massacre est basée sur une théorie erronée, américaine, des plus vagues et scientifiquement contestable. Mais voilà, les seuls à l’avoir contestée dès les débuts, c’est une poignée d’idéalistes, dont les voix criant dans le désert ont été étouffées par les lobbies autrement puissants des chasseurs et de «l’agribusiness», sans compter tous les marchands qui profitent de la tuerie : les fabricants de pièges et de gaz, d’armes et de munitions, les marchands de fourrures et les collectionneurs de primes. A ce propos, dénonçons la récente, scandaleuse augmentation de ces primes (de 250 à 1 .000 F), mais aussi le silence, l’absence totale de protestations de la part de nos officiels protecteurs des animaux et de la nature à ce sujet.

Un mot sur «l’agribusiness», le lobby paysan, dont la mention a pu étonner dans ce contexte. Or, son rôle est essentiel dans toutes les campagnes véritablement hystériques qui ont été menées pour justifier la tuerie (écologiquement désastreuse). En effet, la rage ne constitue guère un danger pour l’homme. Personne n’en est jamais mort dans notre pays, et le dernier cas mortel en France remonte à 1923 (à part deux cas importés hors d’Europe). Malgré cela, la grande presse réussit à faire croire à plus d’un que, s’il ose se promener dans les bois, il risque d’en sortir l’écume à la bouche, prêt à mordre enfants et voisins (!). Le Moyen Âge, quoi !

Comme danger dans les bois, il y a plutôt les chasseurs qui en sont un, vu les centaines d’accidents de chasse d’année en année (583 morts entre 1970 et 1980 rien qu’en France). Et qu’en est-il du champignon mortel, l’amanite phalloïde (des centaines de morts), où restent les mesures énergiques contre ce danger réel, lui ? Pour ne pas comparer l’hécatombe sur les routes (16.000 morts par an en France) et la timidité des mesures à cet égard avec le déploiement des campagnes coûteuses, tapageuses, disproportionnées dans le cas du pauvre goupil.

Vacciner le bétail

Le fait est que la rage menace avant et par-dessus tout le bétail des pâturages. C’est ce bétail qu’il s’agit de sauvegarder – en tuant des renards au lieu de vacciner les vaches, logique, car tuer des renards ne coûte rien aux paysans et deuxièmement, fait plaisir aux chasseurs, dont la plupart ne voient dans ces bêtes que des rivaux, des «nuisibles». Or, l’arrêt de la stupide destruction des renards permettrait probablement le remboursement des frais du vaccin pour bovins et ovins n’étant pas en stabulation fermée. Et les utiles renards pourraient continuer à croquer des souris (mulots) à leur rythme habituel de 6.000 (!) par an, sans compter les charognes, les bêtes vieilles et malades, puis des fruits et des insectes, le menu vulpin normal.

Comme chiffres intéressants, ajoutons encore les suivants : sur 100.000 renards tués en France dans les années 70, seuls 791 avaient la rage (et seulement 34 chiens sur 481 tués parce que soupçonnés d’être enragés…). Il serait vraiment intéressant de connaître le nombre de renards enragés sur les deux mille tués annuellement au Grand-Duché ; le trou d’information du public à ce sujet est remarquable. Autres questions qu’on peut se poser en toute logique : pourquoi donc personne n’a-t-il

jamais proposé de vacciner le bétail au pâturage ? Et pourquoi la vaccination obligatoire n’existe-t-elle que pour les chiens et non pour les chats, malgré le fait que ces derniers se baladent beaucoup plus librement ? Que d’incohérence dans la soi-disant lutte contre la rage ! Que de sordides intérêts mal déguisés plutôt que le fameux souci de la vie humaine. Et que de bon sens et de sincérité au contraire, chez les adversaires du massacre, les idéalistes mentionnés plus haut, tels les membres du ROC (1) et de l’ARAP (2).

Les amis du renard

ARAP, ces initiales signifient : Amis du Renard et Autres Puants, ce dernier terme désignant en bon français le petit gibier ! Leurs «amis», ce ne sont nullement de ces âmes charitables, aussi ignorantes que sentimentales, mais des vétérinaires, des médecins, des pharmaciens, des professeurs, des journalistes; le comité comprend des savants connus tels Théodore Monod, Claude Lévi-Strauss, René Dumond, J.-J. Barloy. Ensemble avec le ROC (Rassemblement des Opposants à la Chasse), qui compte parmi les membres de son comité de soutien Alain Bombard, Martin Gray, Brice Lalonde, Marguerite Yourcenar, ces hommes dénoncent depuis ses débuts l’absurde massacre des renards, mais aussi celui de millions d’autres représentants du petit gibier, victimes de la soi-disant lutte contre la rage, tels les paisibles blaireaux, les putois, belettes, hermines, martres, fouines, toutes ces bestioles éminemment utiles écologiquement, mais classées «nuisibles» grâce au lobby des chasseurs et donc chassées impitoyablement toute l’année. Or, cela aussi sert la rage.

Des observations

Voyons donc de plus près les affirmations de l’ARAP et du ROC qui se recoupent d’ailleurs avec les observations faites par le CNER (Centre National d’Etudes sur la Rage, France).

1) Le renard est un animal bien tranquille, sédentaire, peu enclin aux longs voyages, mais attaché à son terrier et à son territoire.

2) Depuis toujours la rage a apparu soudainement et, après une phase «explosive», s’est éteinte d’elle-même pour reparaître au bout de 4 – 5 ans, qu’on ait détruit ou non les renards. Leur destruction est donc inutile.

3) Mais la chasse effrénée qu’on leur fait depuis les années 60 a servi à déloger les survivants de leurs terriers et à la forcer à l’émigration, les dispersant de plus en plus vers l’Ouest et le Sud, d’où extension, propagation de la rage.

4) En outre, la diminution des renards dans une zone déterminée augmente la fertilité des femelles, ce qui annule et compense la destruction.

5) En plus, la destruction des autres puants prétendus «nuisibles» diminue le nombre de rivaux alimentaires des renards, accroît donc le nombre de leurs proies disponibles (rongeurs) et par conséquent le nombre des renards … un cercle vicieux, un bain de sang interminable et absurde !

Conclusion et mesures à prendre

La destruction des renards étant inutile dans la lutte contre la rage, il faut l’arrêter et la remplacer par la vaccination des renards, des chats, des chiens ainsi que des bovins et ovins au pâturage. Il faut enfin protéger les mustélidés (belettes, hermines, etc.) et essayer de limiter la multiplication des rongeurs. Enfin, il s’agit d’informer honnêtement le public, l’invitant à la prudence sans le faire paniquer.

Une campagne de vaccination

Ces choses ont été dites et redites depuis des années dans ce pays, dès 1978, dans une monographie détaillée parue au Letzeburger Land (N° 38). De même la thèse, selon laquelle le massacre des renards sert surtout à propager la maladie en dispersant les survivants, a été exposée en 1981 à Luxembourg par le Dr Eric Zimen, expert ès-loups et renards en Allemagne, conférencier invité par le Mouvement écologique. Malgré cela, le massacre a continué. L’an dernier, des projets de vaccination furent annoncés (comme déjà en 1982, d’ailleurs …), mais la tuerie impitoyable, insensée n’a pas été arrêtée pour autant, au contraire, les primes ont été augmentées (!).

Maintenant, une grande campagne de vaccination est censée débuter à la mi-septembre (voir Journal du 15 mai), mais si l’annonce de l’abolition de la prime (ENFIN !) ne peut que réjouir le lecteur, ce dernier croit avoir la berlue en arrivant à la fin de l’article, où il apprend que, une fois la vaccination terminée, autant de renards que possible seront abattus, afin que les effets de cette opération puissent être analysés ! Tout comme si ces effets n’avaient pas été contrôlés et analysés à l’étranger déjà, tout comme si nos renards pouvaient présenter quelque immunité bien luxembourgeoise au vaccin. Se pourrait-il qu’il y ait eu erreur dans la transmission, dans la formulation, quelque malentendu? Dans ce cas, c’est aux responsables de l’action de préciser leur pensée et leurs intentions. La campagne de vaccination sera-t-elle suivie d’un nouveau bain de sang, oui ou non ?

Mais, indépendamment de toute opération de vaccination des renards, indépendamment de son succès ou de son échec, ce qu’il faut exiger, c’est la fin de la tuerie, car elle est inutile et elle est contre-productive, elle sert la rage au lieu d’y mettre fin. Qu’on arrête enfin la chasse sans relâche, toute l’année, aux renards et aux mustélidés. Qu’on leur fiche la paix et qu’on les laisse se débrouiller entre eux (en prenant les précautions évidentes quant aux humains, aux chiens, aux chats et au bétail). Voilà le seul chemin raisonnable, et tant pis pour les nemrods, les collectionneurs de primes et les marchands de fourrure.

(1) ROC (Rassemblement des Opposants à la Chasse), Maison de la Nature, 23 rue Cosselet, Lille 59000.

(2) ARAP (Amis des Renards et Autres Puants), c/o Dr Vét. Christian Bougeral, 50 rue Molitor, Paris 76016.

Il y a rage et rage

Archive du Républicain Lorrain (9 novembre 1986)

Une mise au point s’impose à l’égard de la rage, vu la confusion et la peur (souvent excessive) créées et entretenues à ce sujet en Europe occidentale depuis une vingtaine d’années.

Tout d’abord, la rage dont on parle tant et dont le renard est le principal vecteur (et la principale victime, pauvre bête), c’est la rage sylvestre ou vulpine (des renards), non la rage canine (des chiens). Or, c’est contre la dangereuse rage canine, transmissible du chien à l’homme, que Pasteur vaccina le petit Joseph Maistre, c’est elle que redoutaient (à raison) les hommes pendant des siècles. Mais cette terrible maladie-là a disparu en Europe, où, de nos jours, on ne la risque pas plus que la peste. Il est vrai qu’elle existe encore dans des pays du Tiers Monde, d’où un certain danger pour les touristes en mal d’exotisme (ainsi que pour la population indigène, bien sûr). Mais cela n’a rien à voir avec nos renards et autres animaux en Europe.

Ceux-là risquent, attrapent exclusivement la rage vulpine. Et là il y a encore des différences considérables pour ce qui est de leur vulnérabilité ou sensibilité au virus rabique. Ainsi les bovins se font infecter plus facilement que les chats et ceux-là plus facilement que les chiens qui, eux, sont remarquablement réfractaires (peu sensibles) au virus de la rage vulpine ! En effet, il faut une dose vraiment massive du virus pour qu’un chien mordu par un renard devienne enragé à son tour ! Et les chiens vaccinés ne peuvent pas attraper la rage du tout. D’ailleurs, en vingt ans, avec une population canine d’environ 60.000 bêtes, bon an mal an, seulement 5 chiens ont attrapé la rage vulpine dans ce pays.

Que les chasseurs cessent donc de terroriser de paisibles promeneurs avec chiens, au Galgebierg eschois et ailleurs, où les panneaux (généralement rouges) déparent les plus belles forêts et essaient d’imposer à tout promeneur l’obligation de tenir son toutou en laisse.

Quant aux chats, s’ils sont plus sensibles au virus que les chiens, en vingt ans on n’a pu en dépister que 47 d’enragés, alors que le pays grouille de chats, dont, paraît-il, 30 – 40.000 sans maîtres. Le nombre peu élevé de chats ayant attrapé la maladie vulpine tient en partie à ce que les chats et les renards s’évitent, quand ils se rencontrent dans la nature (contrairement à ce qui se passe, lorsque les chemins d’un chien et d’un renard se croisent, le premier se lançant généralement à la poursuite du second). En outre, les quatre vétérinaires du Centre d’études sur la rage de Nancy, dans un dossier intitulé Rage expérimentale du chat affirment : «Le chat est 300.000 fois plus résistant que le renard à la rage.»

Les bovins sont plus sensibles au virus que les chiens et les chats et, bien sûr, ils sont particulièrement exposés au danger quand ils passent l’été dehors, au pâturage. N’accablons pas trop Goupil cependant, car sa maladie ne le rend pas toujours agressif, contrairement à l’opinion reçue. Il peut devenir agressif tout comme il peut devenir passif ou alors, troisième possibilité, réagir agressivement seulement sous l’effet de la peur. C’est cela qui arrive fréquemment. En effet, les bovins sont tous ensemble curieux et myopes. Alors, apercevant quelque malheureux renard malade tapi dans un coin de pâturage, les grosses bêtes s’approchent de plus en plus en lui soufflant dessus et – se font mordre au nez par Goupil paniquant! Mais l’autre jour une amie à moi, avec son chien, est passée devant un renard visiblement malade, assis à côté du chemin; il les a regardés passer sans bouger.

Si donc le danger est minime pour les chiens, un peu plus élevé pour les chats et réel pour les bovins, qu’en est-il de la sensibilité humaine au virus en question ? Après tout, les autorités sont incapables de citer un seul cas de victime humaine du virus rabique vulpin. Cela tient certainement, entre autres, au fait que toute personne en Europe ces vingt dernières années a subi un traitement antirabique, quand elle avait été mordue par une bête enragée ou soupçonnée de l’être. Et comme on ne peut pas expérimenter sur l’homme, il reste qu’on ignore, à l’heure qu’il est, la dose critique nécessaire pour infecter l’homme, et donc sa réaction à une morsure de renard enragé. Il est permis de penser que le danger n’est peut-être pas si grand que cela, mais il serait évidemment dangereux de baser son comportement sur cette opinion optimiste !

Last not least, une bonne, une très bonne nouvelle même, de date récente : la découverte que l’homme ne risque pour ainsi dire rien de son proverbial meilleur ami, le chien ! En effet, nous l’avons vu, non seulement un chien doit se donner un mal fou pour attraper la rage en question, mais en plus il ne peut guère la passer à l’homme ! Il est vrai que «impossible n’est pas français», de sorte qu’un «clebs» français bien décidé arriverait peut-être à «faire enrager» son maître !, mais le fait est que la salive du chien infecté ne contient le virus qu’en quantité infime, insuffisante à la propagation de la maladie à l’homme. (Pour les bovins c’est le contraire : la salive qu’ils secrètent, abondante sous l’effet de la rage, contient des doses fortes de virus.) Mais ouf, l’honneur du chien est sauf. Et c’est lui, si peu sensible au virus, incapable de le transmettre à l’homme, lui qui se fait vacciner, tenir en laisse, abattre et voir d’un mauvais oeil, depuis que l’hystérie collective au mot d’ordre «rage» a été déclenchée il y a vingt ans. Alors,. assez de cette phobie du chien enragé que rien ne justifie plus.

Pour finir, quelques observations encore au sujet des renards. Le nombre des bêtes enragées n’a jamais été aussi élevé que l’a fait croire un certain sensationnalisme. Ainsi, si mes informations françaises sont exactes, sur 100.000 renards abattus dans les années 70, seulement 791 étaient enragés. Dans ce contexte je tiens à dénoncer le fait que tout au long de ces années la presse a rapporté chaque cas de renard ou autre animal abattu parce que soupçonné d’avoir la rage, sans jamais informer les lecteurs ensuite, si l’animal en question avait été enragé ou non.

Au Luxembourg on n’a dépisté que huit renards enragés au mois d’août de cette année, et aucun d’eux au bassin minier, où ces bêtes sont pourtant nombreuses. Depuis il n’y a pas eu foule non plus, et en septembre il y a eu la grande campagne de vaccination des renards qui, dans sa première phase, a été un succès total : tous les chasseurs du pays sauf six ont participé et les «cobayes» ont avalé les appâts avec un bel appétit. Félicitations aux responsables donc, mais … je ne puis pardonner à nos chasseurs la différence entre deux chiffres : le premier, le nombre d’années que devrait durer normalement la vie d’un renard, le second, le nombre d’années qu’atteint Goupil en moyenne dans ce pays, à savoir 15 contre 2 (maximum), cela grâce à ses ennemis – qui ne sont pas les féroces lapins (!)

 
 

L’amour nous survivra

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Lorsque nous aimons encore passionnément un défunt, l’aimons nous mort ?

Lorsque nous relisons une de ses lettres, où le situons nous : dans un temps différé au moment où il l’a écrite ou bien dans le temps présent ?

L’instant mêlé de son écriture et de notre lecture lui redonne-t-il vie ?
Qu’est-ce qui est réel ?
Le langage est-il réel ?
Peut-on garder le lien entre corps et esprit et le rompre entre choses et mots ?

Il n’y a pas de réponse simple à ces questions surtout quand un amour défunt nous hante, déambulant à tout moment dans notre conscience et dans nos rêves.

La vie est toujours compliquée et la mort reste la grande inconnue.

Pour mieux décrire cette ambiguïté entre rêve et réalité dans l’amour et la mort, j’ai choisi une très ancienne chanson du folk irlandais adaptée sur un poème de Padraic Colum, interprétée ICI par Feargal Sharkey, (voir la traduction proposée en bas de page).

Cette chanson évoque un mariage empêché, un souvenir, une promesse que seule la mort pourra libérer lorsque la défunte reviendra dans le rêve de son amant pour lui dire qu’ils se marieront bientôt : l’éternité n’est pas longue lorsque l’on s’aime.

Cet exemple amène d’autres questions :

Un souvenir est-il plus fiable qu’une promesse ?
Comment être sûr qu’il soit tenu ?
Et lorsqu’elle revient dans ses rêves, comment peut-il être sûr qu’elle a vraiment existé ?

L’amour est sans aucun doute le plus beau des mystères …

Elle me dit : « Ma mère ne s’opposera pas et mon père ne fera pas l’injure de dénoncer votre rang ». Puis elle recula et rajouta : « Ce ne sera pas long, mon amour, jusqu’au jour de nos noces ». Elle s’éloigna alors et se faufila dans la foule du marché. Je l’ai admirée avec tendresse jusqu’au dernier de ses mouvements. Elle s’orientait vers sa maison avec la grâce d’une étoile qui s’éveille, comme les cygnes au crépuscule glissant sur les eaux du lac. Les gens parlaient de nous … que nous ne pourrons pas nous marier … qu’un de nous sera en peine … que de mauvais commérages. Moi je n’avais d’yeux que pour elle, qui me souriait radieusement, son panier à la main. C’est la dernière image que je garderai de ma bien aimée. La nuit dernière mon amour est revenue dans mon rêve. Elle est entrée si doucement sans faire de bruit, elle a posé sa main sur moi et a redit : « Ce ne sera pas long, mon amour, jusqu’au jour de nos noces ».

 
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Publié par le 14 juillet 2017 dans Coin des poètes

 

Vital Michalon et Rémi Fraisse

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Le 31 juillet 1977, le pacifiste Vital Michalon, jeune professeur de physique venu manifester contre le surgénérateur Superphénix de Creys-Malville, est mort. Le préfet évoque une crise cardiaque inopinée mais l’autopsie est claire : «  la déflagration d’une grenade offensive lancée par la police a explosé les poumons de Vital ». L’enquête innocente le policier assassin et la justice prononce un non-lieu.

Le 26 Octobre 2014, le jeune pacifiste Rémi Fraisse, étudiant en sciences de l’environnement venu manifester contre le barrage de Sivens, est mort, tué par une grenade offensive, alors qu’il avait les mains en l’air et criait « arrêtez » en avançant vers les gendarmes assassins. Là encore, le tueur sera protégé par les juges et le non-lieu sera prononcé.

Dans les deux cas, la famille des victimes appelait au calme … pourtant face à tant d’injustice, de mensonges, d’hypocrisie au plus haut niveau de l’État, on ne peut pas se taire : il en va du devoir de mémoire.

J’ai écrit ce petit poème en hommage à Vital Michalon et Rémi Fraisse.

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