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No Future !

loup
Le loup crève dans ce qui reste de forêt pendant que le troupeau civilisé dévore la planète

 

 
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Publié par le 18 janvier 2019 dans Non classé

 

Une vie pour devenir ce que l’on est

 

(lien pour écouter le poème)

AmonAme

Quand on nait, on n’est pas. Nous devons devenir tout au long de notre vie pour combler notre carence d’être (*). Cette nécessaire découverte de soi (que certains appellent la foi) nous oblige à rester modestes car nous ne sommes pas aussi grands que ce que l’on croit ou que ce qu’on nous dit de croire.

(*) Dans cette petite vidéo, Marcel Légaut définit mieux que personne « la carence d’être« , qu’il relie à la recherche de « la foi en soi« .

 

 

 

Entraide et Solidarité à la Campagne

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Entraide et Solidarité à la Campagne  /  Întrajutorare și Solidaritate la Țară

À propos :

La thématique de ce GROUPE aborde la vie à la campagne en général mais dans le respect de l’humain et de l’environnement : un véritable défi face au succès de la modernité technologique sur les citadins-robots qui s’installent en milieu rural sans renoncer à leur mode de vie urbain. Nous parlerons donc ici des alternatives à cette vague consumériste, gaspilleuse et polluante qui détruit l’équilibre de nos villages.

Ce groupe est ouvert à tout le monde, chacun a sa place et son rôle à jouer, mais nous éviterons les sujets de discussion sur l’argent sauf cas particulier (pas de publicités commerciales, pas de petites annonces pour vente). Nous sommes, au contraire, très favorables à tout ce qui concerne les échanges (échange de services ou troc), les partages et l’accueil.

Pour des raisons personnelles mais aussi pour des raisons d’amitié (implication de nombreuses associations francophones pour aider les villages Roumains à l’époque de la systématisation des territoires), certains articles de ce groupe pourront être traduits en Français.

Mots-clefs : Solidarité, Authenticité, Environnement, Permaculture

le chemin

Sauvegarde des forêts, préservation des traditions, pastoralisme et cohabitation avec les grands prédateurs, voilà un défi qui semble presque insurmontable face aux enjeux mercantiles de nos sociétés modernes. La Roumanie, qui était un bel exemple d’équilibre écologique intégrant tous ces éléments jusqu’à son entrée dans l’UE, est en train de devenir le champ de bataille de tous les investisseurs du « progrès » technologique. Les équilibres s’effritent chaque jour un peu plus. Je veux sensibiliser l’opinion publique et mobiliser les bonnes volontés pour résister à cette vague dévastatrice du libéralisme marchand. Notre première action est de faire revivre les villages traditionnels abandonnés en montagne, symbole de la désintégration du tissu social en nature.

Ci-dessous, un résumé de la situation en Roumanie :

deforestation

L’écologiste Orlando Balaș appelait « La Muette » nos vieilles forêts, victimes de la modernité et de la globalisation, qui meurent en silence sur l’autel des profits et du gain. Nos vieux villages de montagne eux aussi sont entraînés dans ce fléau, abandonnés. Seuls quelques vieux y survivent encore, en silence, derniers gardiens de nos traditions. L’État Roumain punit comme hors la loi le pauvre gars qui prendra du bois dans la forêt (juste pour ses besoins personnels) sans autorisation mais il autorise les grands intérêts financiers mondiaux à se gaver sur les ressources naturelles du pays. Les prix deviennent tellement élevés à cause de l’économie de marché que les habitants ruraux doivent renoncer à leurs traditions. Au niveau écologique, les équilibres sont rompus, les réserves biologiques que représentent les forêts et leur écosystème se réduisent, la chasse devient un sport national, voire international à cause d’une nouvelle forme de tourisme attirant tous les tueurs de gibier de la planète, il y a moins de cervidés, le loup et l’ours sortent du bois et attaquent les moutons, le berger qui vivait en harmonie avec les grands prédateurs a de plus en plus de mal à s’en sortir. On voit bien qu’écologie et authenticité sont liées : La modernité détruit la biodiversité mais aussi la diversité des cultures. En faisant revivre les villages et leurs traditions, en soutenant ceux qui veulent s’installer à la campagne, dans les montagnes, ceux qui veulent occuper à nouveaux des lieux encore intacts avant que tout soit rasé, on sauve le patrimoine naturel et culturel du pays. Nous avons créé un groupe Facebook franco-roumain pour débattre de tous ces problèmes ensemble.

TRADITION

Vous êtes les bienvenus.

 
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Publié par le 18 février 2019 dans Non classé

 

Ces vieux …

isolés, abandonnés dans les montagnes de Roumanie

V&V1

Je veux parler de ces vieux qui restent au village, libres dans leurs montagnes natales mais abandonnés par l’État, délaissés par la famille, oubliés par tous. Sacrifiés sur l’autel de la modernité, ils meurent en silence dans l’authenticité de leur territoire mais dans l’indifférence de ceux qu’ils ont servis, de ceux qu’ils ont aimés.

Je veux parler de ces vieux qui ont su trouver leur niche écologique et vivre en harmonie, modestement et sans abus, dans un environnement équilibré et sain qu’ils respectaient comme un paradis terrestre. Ils vivaient de cette terre nourricière, baignée d’eau fraîche et d’air pur, qu’ils travaillaient au soleil ou sous la pluie, dans le froid ou dans le vent ; jamais ils ne se plaignaient.

En échange de cet héritage qu’ils nous ont laissé intact, on leur promet les prisons des villes, empestées et polluées, sous les néons criards des rues surpeuplées et déshumanisées.

V&V2
Comment pourraient-ils accepter un tel marché de dupe ?

Alors je me pose la question : Comment une civilisation qui se vante de progrès peut-elle laisser mourir ces vieux, inséparables de leurs montagnes ?

Pour illustrer cette situation tragique, j’ai choisi le film documentaire ci-dessous, tourné dans les montagnes Apuseni en Roumanie par la télévision TVR1. Dès les premières images, nous sommes étonnés par la beauté des paysages mais aussi par la beauté de ces gens âgés si généreux et souriant malgré leurs conditions de vie difficiles, seuls, abandonnés dans leur village.

Comment est-ce possible ?

J’ai regardé plusieurs fois cette vidéo, avec toujours la même émotion, et, à chaque fois, je me dis que le vrai progrès ce sont eux qui nous le montrent, un progrès basé sur des valeurs écologiques et spirituelles qui leur permettent, malgré le poids des difficultés, de rester en bonne santé et d’être heureux.

Je me dis aussi que cette civilisation, issue de l’ère technologique et de l’intelligence artificielle, est devenue inhumaine. Elle a perdu ses racines et son âme. Nous sommes comme des robots insensibles qui renieraient leurs parents et qui sacrifieraient leurs enfants pour assurer une croissance continue à un système de plus en plus dévastateur et destructeur.
Mais ce n’est pas une fatalité, il suffirait de faire revivre ces lieux restés intacts car ayant échappé aux ravages du libéralisme marchand, pour prouver que l’Homme Nouveau existe et qu’il est capable de s’opposer au non-sens de nos sociétés modernes.

Alors je lance un appel : Redevenons ce que nous devions être, retrouvons nos racines « animales » dans la nature, redécouvrons la foi qui est en nous, profondément, cette connaissance de soi. Apprenons auprès de nos anciens, ne les abandonnons pas, ils ont tant de choses à nous dire avant de partir dans une autre dimension, écoutons les. Retrouvons les éléments essentiels à la vie (eau et air purs, terre fertile, soleil) et oublions notre petit confort accessoire, cette addiction consumériste servant à alimenter l’Enfer créé sur Terre par la globalisation. Faisons taire le vacarme insolent des villes et des campagnes défigurées et regroupons nous autour de la communauté, de la famille, dans nos terroirs, dans nos villages ; entraide et solidarité locale étant les maîtres-mots.

Le chemin sera long pour rebâtir les fondements de l’humanité dans cette planète-poubelle, éventrée et agonisante, que nous ont laissée nos civilisations du profit et du gain, guerrières et mortifères. Chaque bonne volonté sera utile, chaque initiative individuelle sera appréciée, commençons par un symbole fort et adoptons ces vieux perdus dans leurs villages montagnards. Ils sont les derniers vestiges d’un passé enseveli dans les oubliettes de la machine infernale dont nous sommes devenus les esclaves, ils sont la mémoire de nos ancêtres, ne les laissons pas mourir dans l’indifférence … Adoptons les !

Ce CLIP VIDÉO présente un diaporama du petit village abandonné Străuți, au Pays des Motses en Roumanie. Comment l’homme moderne est-il capable d’effacer de la carte un tel joyaux dans un aussi bel écrin de nature ?

Nota Bene : Village abandonné au Pays des Motses, dans un cadre naturel montagneux, forestier, où le pastoralisme a survécu. Une belle église en chêne et en argile, construite en 1866, peu connue et non inscrite comme monument historique, reste debout bien qu’en mauvais état. Dans le cimetière, des croix en bois, à côté de chaque croix un sapin est planté comme pour nous rappeler que « le Haut plonge ses racines dans le Bas » car l’arbre est l’image de ce que nous sommes : Entre nature et spiritualité, entre paganisme et christianisme, entre le profane et le sacré. La culture ancestrale Roumaine repose sur des rites hérités de la protohistoire, sur les fêtes païennes (Hora, Ruga). La nature est sanctifiée, le paysan est glorifié, les traditions suivent le rythme des saisons (un rythme cyclique bien différent de la croissance continue imposée par la modernité). Cette conception unique du temps et de l’espace est assurée grâce à la création d’un « paganisme – orthodoxisme » tout à fait original où les prêtres se prêtent au jeu (si j’ose dire) en organisant eux-mêmes les fêtes païennes. Cette exception Roumaine est le ciment des traditions, le point de cristallisation de tous les esprits. Le rassemblement des villageois se fait autour de l’église.

ClocherCroixSapin

Village abandonné, symbole de la crise civilisationnelle actuelle (écologique et spirituelle)

Seulement 5 personnes sont restées à Străuți. Dans ce LIEN (extrait du documentaire TVR1 ci-dessus), elles nous parlent de leurs souvenirs et de leurs désillusions. Les autres ont été aspirées par le vent du libéralisme marchand soufflant sur la Roumanie depuis son entrée dans l’UE, emportées vers la modernité des villes.

 
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Publié par le 13 février 2019 dans Non classé

 

ZAD partout !

zad partout

J’ai choisi ce titre pour présenter une courte réflexion que j’ai publiée sur la page du Groupe FaceBook ZAD partout !. Ma publication a d’abord été acceptée par un modérateur et le lendemain elle était supprimée par l’administrateur au prétexte que je parlais des Gilets Jaunes (GJ) et que ce sujet était prohibé dans le groupe pour éviter toute polémique. Soit ! Je me suis incliné aux exigences du maître (pour un groupe se prétendant anarchiste et donc sans dieu ni maître cela peut paraître surprenant) mais après tout, ces gens ne font que parler des Zadistes, bien assis dans leur fauteuil, devant leur écran, au chaud devant la cheminée … alors rien ne m’étonne.

Voici le texte qui a bouleversé l’administrateur du Groupe FaceBook  ZAD partout ! :

Je ne pense pas que le mouvement des gilets jaunes soit anti-croissance (économique) et encore moins qu’il soit écologiste comme on peut le lire de ci de là et en particulier chez Reporterre. Ces gens, très hétéroclites, aspirent à profiter du système comme le font les riches et ils gaspilleront et pollueront comme les riches. Allez voir à l’Est de l’Europe comment la vague du libéralisme marchand a transformé des peuples authentiques, sages et respectueux de leur environnement, en de nouveaux riches immatures, arrogants et dilapidaires, ravageant une nature qui avait échappé aux dégâts de la modernité technologique occidentale. Les ‘révolutions du printemps’, qui fleurissent un peu de partout et qui commencent à bourgeonner chez nous avec les gilets jaunes, ne font que servir un peu plus le système (économique) au détriment de la planète. Elles n’ont de révolution que le nom et il me semble que les quelques participants qui croient en un monde meilleur et solidaire, un monde harmonieux basé sur l’amour et la paix dans le respect des écosystèmes et de leur biodiversité se trompent de combat. La prochaine révolution sera verte ou ne sera pas … et je basculais sur l’article ‘La prochaine révolution sera verte’ de mon Blog.

Ma publication a intéressé de nombreux membres du groupe et nous avons pu échanger quelques commentaires (tous effacés par l’administrateur) que je ne peux, hélas, pas retranscrire de mémoire. Pourtant, je tenais à ce que mon dernier commentaire dans le fil de discussion soit publié et j’ai demandé … La publication que j’ai partagée le 26/01/2019 (sur le fait que le mouvement des GJ n’est pas vraiment anti-Système et encore moins écologiste) est partie dans les oubliettes d’internet ainsi que tous les commentaires qu’elle avait suscités. L’éviction a été assez brutale puisque je ne retrouve même pas mes posts dans mon historique personnel de FaceBook ! Je tiens juste à le signaler, en espérant que ce post réduit à l’essentiel passera (il se rapporte à mon dernier commentaire qui me tient à cœur et qui sera le dernier dans ce groupe). Désolé de ne pas correspondre à l’objet du groupe et bonne chance à vous tous … mais la grâce du maître m’a été refusée (sauf à me soumettre à ses modifications dans mon texte, il ne faut quand même pas trop exagéré ! J’ai donc rejeté sa proposition et je l’ai remercié).

Voici donc le paragraphe qui me tient tant à cœur, peut-être que quelqu’un passera par là et aura envie d’y croire :

Le système repose sur 3 gros piliers (propriété, nation, travail) qui sont ceux de la société moderne, et c’est l’accès à ces 3 fondamentaux que revendiquent les GJ. Cette façon de voir le monde et l’humanité n’est plus tenable, il n’y a plus de place, il n’y a plus de ressources, la planète est devenue exsangue à cause de ces valeurs et de ces concepts que nous avons adoptés en masse dans nos pays occidentaux. Ceux qui ne correspondent pas à ce modèle de société dérangent, les pauvres qui n’ont rien dérangent, ceux qui ne veulent pas travailler pour de l’argent (c’est-à-dire monétiser leur travail) dérangent, les nomades ou autres apatrides dérangent et pourtant ils ont d’autres valeurs (bien plus belles et bien plus humaines) basées sur le partage, l’échange, l’accueil et surtout la liberté. Je suis souvent en Roumanie et j’ai eu la chance de m’intégrer dans quelques communautés tziganes. J’ai beaucoup appris auprès d’eux. Mon plus beau souvenir c’est un groupe rencontré par hasard un soir dans les montagnes du Bihor, assis paisiblement face au soleil couchant, le cheval pas très loin, une vache et une chèvre qui broutaient à côté et quelques braves chiens errants qui jouaient librement derrière les tentes. La liberté totale, en pleine nature, la joie de vivre très modestement (le froid et la faim, ils connaissent !) mais quel bonheur de retrouver sa niche écologique, sa raison d’être, ses racines profondes. Quelques mois après, je suis repassé par là mais plus de trace de mes amis tziganes, la montagne était défigurée par la construction d’une voie rapide. Les bulldozers et les marteaux piqueurs avaient définitivement effacé cet endroit de quiétude. La civilisation du progrès a pénétré jusqu’au cœur du Bihor, tel un rouleau compresseur pour permettre la vitesse, la croissance, la colonisation tout cela dans un vacarme assourdissant et sous un air pollué … mais pour la plupart d’entre nous, les barbares ce sont les tziganes ! Cela peut choquer mais je pense que le modèle de société vers lequel il faut tendre est plus proche de celui de mes amis tziganes (qui n’est peut-être pas si éloigné de certains modes de vie expérimentaux tels qu’on peut en voir dans certaines Zads) que de celui auquel aspirent les GJ. C’est le seul modèle qui pourrait conduire à une décroissance obligée pour répondre à la nécessité écologiste.

Les tziganes, devenus nomades par la force car chassés partout où ils s’installent, sont les pionniers de ce qu’on appelle aujourd’hui les Zadistes. Leur zone à défendre à eux, c’est le monde !

 
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Publié par le 27 janvier 2019 dans Non classé

 

Eh Légaut ! tout est sensible !

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J’ai écrit ce petit article en réaction à un texte de Marcel Légaut (reproduit ci-dessous) qui prétend que la crise spirituelle actuelle est due à la « tentation du panthéisme ». Son aversion pour le panthéisme apparaît également de nombreuses fois dans d’autres de ses ouvrages. Il ne donne pourtant aucun argument, ni ici, ni ailleurs, pour justifier ses réticences mais se contente de simples affirmations sans fondement, de la vulgaire petite propagande … Quelque chose le dérange ou, plutôt, dérange l’institution catholique qu’il sert fidèlement. Après tout, ce n’est pas très grave, chacun est libre de ses opinions, mais quand il s’agit de Marcel Légaut, avec toute la notoriété qu’on veut bien lui accorder, cela devient tendancieux. On peut même parler de « mauvaise foi » (avec ou sans jeu de mots) quand celui, qui habituellement est si prolixe, devient délibérément elliptique et monte sur son piédestal pour imposer de façon péremptoire une annonce qui lui semble cruciale.

Sans chercher à entrer dans l’invective, je me limiterai juste à quelques commentaires pour rappeler les dérives du système (devenu gouvernance mondiale) et replacer (dans cet imbroglio civilisationnel) les prêcheurs de belles paroles face à leurs responsabilités. Le poster en tête de mon article me permet simplement d’évoquer, en toute « bonne foi », la pureté et la sensibilité de la pensée panthéiste ; chacun a son libre arbitre, n’en déplaise aux curés, au pape ou au berger normalien.

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« […]. La grande tentation […] de notre époque, et sans doute davantage encore des temps futurs, n’est pas l’athéisme. Il est aussi difficile et exigeant d’être un véritable athée qu’un croyant de foi en Dieu; peut-être même est-ce si difficile et si exigeant que cela en devient impossible par l’irrémédiable contradiction entre le vivant qu’il faut être, vaille que vaille, coûte que coûte, et le « vécu » qu’alors inéluctablement on est conduit logiquement à se laisser devenir puisqu’on ne croit plus en l’homme qu’on est. Non, la grande tentation est le panthéisme[…]. » (Marcel Légaut)

« […]. Dans la mesure où la foi en Dieu est ainsi transcendante à l’homme qui la transforme sans être séparable de lui, dans cette même mesure tout danger de panthéisme se trouve écarté. C’est à partir de lui-même que l’homme découvre Dieu. Il n’est pas tenté de confondre Dieu avec l’Univers, comme lui-même n’est pas tenté de se confondre dans le Tout. » (Marcel Légaut)

Non Monsieur Légaut, c’est justement la transcendance du dieu que vous avez créé à l’image de l’homme qui a permis à l’homme de se placer au-dessus de l’univers (au nom de ce dieu) pour mieux contrôler le monde à son profit et au détriment de l’environnement. C’est justement ce mélange de transcendance et d’anthropocentrisme qui, à l’échelle de notre planète, a conduit au désastre écologique qu’on connaît aujourd’hui. Il est là le vrai danger et certainement pas dans l’immanence de Dieu qui incarne l’Univers et qui est en tout, ni supérieur, ni extérieur au monde. Dieu est l’Âme de l’Univers et chaque être vivant ou inerte est âme ; Dieu est en chacun de nous et nous sommes tous en Dieu puisqu’il est le Tout. La pensée panthéiste repose sur cette imbrication et cet équilibre de tout en Tout ce qui empêche l’appropriation et les privilèges de l’homme ou de toute autre forme d’intelligence … nous sommes tous unis et solidaires de la plus petite poussière d’étoile venue de la nuit des temps au plus grand génie de forme humaine ou autre s’il existe ou s’il apparaît et c’est ce qui garantit la paix et l’amour.

Ceci étant précisé, je ne suis pas naïf et je sais très bien pourquoi le panthéisme fait si peur aux institutions que vous défendez, Monsieur Légaut :

Pour l’ordre religieux, garant de nos civilisations anthropocentriques et des privilèges accordés au détriment de l’environnement, l’ennemi juré numéro un n’est pas le athée, considéré comme perdu, mais le panthéiste qui refuse de transcender l’homme et son dieu construit sur mesure au-dessus du monde pour mieux l’exploiter.

De même, pour l’ordre militaro-politicien, garant de notre modernité et de la croissance continue servant à alimenter la cohorte de nantis, l’ennemi numéro un n’est pas le faiseur de guerre (guerre de religion ou guerre des nations), au contraire celui-ci fait fonctionner l’industrie et la finance pour l’armement, principal pilier de nos civilisations du progrès. Non, le principal ennemi, celui qu’il faut abattre par tous les moyens, dans la ZAD ou dans les manifs, c’est l’écologiste, qui prône la décroissance, l’amour et la paix.

L’outil de répression du pouvoir d’état n’hésite pas à tuer des jeunes qui se battent pour leurs idées, comme Rémi Fraisse à Sivens, quand ces idées peuvent renverser l’ordre établi. Le temps de l’inquisition n’est pas très vieux, quand l’église faisait de même. L’exemple le plus célèbre est celui de Galilée reprenant les travaux de Copernic qui démontraient que la terre tourne autour du soleil et, donc, que l’homme n’est pas au centre de l’univers. Il dut se rétracter pour éviter le bûcher.

Tout cela pour dire que ces braves gens qui veulent notre bien à tous, ceux-là même qui sont supposés nous protéger et protéger nos enfants, ceux-là même qui font la promotion de Jésus Christ source d’amour et de paix, ne cessent de propager la haine et la guerre pour faire tourner la machine infernale de l’argent et de la domination car l’argent est le nerf de la guerre. Lorsque l’ordre religieux n’a plus suffi à domestiquer l’homme civilisé qui cherchait de plus en plus a s’émanciper, c’est l’ordre scientiste qui a pris la relève, beaucoup plus convaincant et avec des moyens bien plus efficaces pour satisfaire les nouveaux modes de vie imposés par les civilisations du progrès (devenu technologique), mais aussi beaucoup plus redoutables par leur impact sur l’environnement et les déséquilibres induits.

Addenda : Dans la « La Clef des Songes », Alexandre Grothendieck écrit à propos de la science :

« Elle s’est constituée en une Nouvelle Église, aussi emplie de suffisance et plus aveugle encore et souvent plus criminelle que les Églises qu’elle a si radicalement supplantées. Au cours de ces dernières générations, cet esprit a fini par mener la vie humaine vers un non-sens de plus en plus délirant, à la fois débile et démentiel. L’humanité toute entière est sur le point d’y sombrer yeux fermés, dévastatrice et dévastée, laissant derrière elle sous les néons criards, à la place du paradis terrestre qui lui fut confié, une planète-poubelle éventrée, empestée et morte. »

 
 

L’héritage spirituel de Grothendieck

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Luc Illusie, un proche d’Alexandre Grothendieck, comparait son ami à une intarissable « source d’intuitions » qui fonctionnait comme « un volcan en éruption » d’où « chaque jet de lave montait plus haut dans le ciel de l’abstraction mathématique ». « Son but était de trouver le ferment universel, l’unité profonde des mathématiques, en s’élevant de degré en degré. Une de ses dernières créations s’intitule les motifs. Il s’agit d’une méta-théorie (c’est-à-dire englobant tout). »

Et de conclure : « Comment ne pas sentir derrière les motifs l’idée de Dieu ?« .

Grothendieck n’est pas dieu au sens religieux du terme (ce « dieu Ubu » sans foi ni loi). Il est, sans doute, le pape des mathématiques, comme l’écrit Illusie dans un autre article, mais il est beaucoup plus que ça. Il est Universel et chacun d’entre nous pourra découvrir le chemin qu’il nous ouvre par la pensée, aussi bien les croyants que les athées, s’il apprend à dépasser les tabous inculqués par des millénaires de civilisation ubuesque.

Ubu a son messie, désigné par les hommes qui en ont fait un martyr puis qui n’ont cessé d’en déformer les messages de paix et d’amour à leur propre profit, conduisant la planète au bord de l’apocalypse. Grothendieck est un autre Messager. Sa pensée métaphysique s’inscrit davantage dans la logique panthéiste* de Spinoza qui ne transcende pas dieu. Au contraire, Dieu serait immanent, c’est-à-dire ni extérieur ni supérieur au monde. D’autre part, il n’existe pas un caractère privilégié entre dieu et l’homme (ce qui, hélas, a conduit l’homme à se croire lui-même transcendant et à vouloir refaire le monde). Au contraire, tout ce qui existe serait en Dieu et Dieu serait en tout, de la plus petite poussière d’étoile venue du fond des temps au plus génial des mathématiciens.

Il y a une phrase, dans l’œuvre « La Clef des Songes » de Grothendieck, qui résume, à elle seule, cette différence entre Dieu et le « dieu Ubu » : « le haut plonge ses racines dans le bas, et l’arbre est bien malade qui désavouerait la terre qui le porte et qui le nourrit« . Cette phrase m’a ouvert les yeux et m’a fait comprendre que mon athéisme n’est pas un rejet de Dieu mais un rejet du « dieu Ubu » et des hommes qui l’ont inventé pour le plus grand mal de la planète.  J’ai voulu, dans un  petit poème  *en bas de cette page, remercier Dieu et son Messager pour m’avoir ainsi libéré de mon ignorance.

S’affranchir des religions et du surnaturel pour parler de Dieu oblige à remonter plusieurs siècles avant Jésus Christ, avant Socrate, à une époque où les penseurs étaient à la fois naturalistes, philosophes et mathématiciens. De ce point de vue, Alexandre Grothendieck peut être considéré comme un présocratique* contemporain, capable d’imaginer de quoi le monde est fait et comment il s’organise ou se défait sans recours aux livres saints. Il est du même rang que ces grands sages de l’antiquité, capable d’inventer, de dégager les notions de base et de forger les outils conceptuels pour une connaissance sans cesse renouvelée. Il est de la classe de ces grands savants, suffisamment doués et confiants en eux, capable de démarrer à neuf, à contre-courant de toutes les idées reçues, une œuvre de rénovation radicale des modèles existants tout en s’interrogeant sur son rôle, son utilité, et ses limites. Quelques autres avant lui, comme Einstein ou Schrödinger, ont su également se démarquer du troupeau des scientifiques pubères de nos temps modernes qui cherchent sans vraiment savoir ce qu’ils cherchent et pourquoi avec des outils issus d’un héritage civilisationnel aux multiples failles qu’ils acceptent machinalement comme parole d’évangile. Ceci dit, au-delà de ses capacités intellectuelles exceptionnelles pour appréhender les questions relevant du matériel (substantiel et temporel), Grothendieck est également un homme de foi d’une grande spiritualité (non religieuse) capable de trouver en lui des réponses à l’immatériel.

(*) juste pour la beauté des mots et de la pensée, ci-dessous un autre panthéiste citant un autre présocratique

Vers_Dores

C’est surtout cette dualité, unique en son genre, mais aussi un courage et une honnêteté exemplaires, qui place cet homme, sage parmi les sages, au plus haut degré de la pensée humaine. Il a su puiser jusqu’au plus profond de lui-même, jusqu’à son âme d’enfant, pour se lancer dans un long voyage, dans l’inconnu, sans perspective de compagnons de route, seul contre tous, humilié, diffamé, réduit à vivre comme un ermite, mais il a réussi à entrevoir l’Absolu et il nous en fait part de manière subtile et avec un immense talent dans son œuvre « La Clef des Songes »  qu’il nous a laissée à titre posthume.

(**)   À mon Ami devenu

Toi, le dieu auquel je n’ai jamais cru,
tu es venu comme un messie mais tu n’es plus,
reparti vers l’inconnu, vers l’Absolu.
Ton message n’a pas été entendu,
tout le monde s’entretue
et le monde s’est chu.

Je n’avais pour seul ami que les arbres.
Je n’avais pour seule patrie que la terre.
Dieu n’avait pas de place dans mon âme.
Aujourd’hui, tu m’as appris
que :
 » Le haut plonge ses racines dans le bas « .
Alors Tu es devenu mon ami.

Tu m’as aussi appris
que :
 » L’arbre est bien malade
qui désavouerait la terre
qui le porte et qui le nourrit « .
Alors l’homme est devenu mon ennemi.

La musique est celle d’une vielle chanson kurpienne interprétée par Susanna Jara en langue polonaise (voir ICI l’adaptation en français)***. J’ai conservé, en fin de lecture de mon poème, la magnifique envolée lyrique de Susanna, visiblement émue par l’absence d’un être cher qui lui manque. L’oiseau (presque gelé) qui apparaît dans la chanson est messager entre les morts et les vivants. Son message (en forme de fleur) venant de la forêt (où reposent nos âmes) nous met les larmes aux yeux, nous rappelant aux souvenirs. Mais en même temps, c’est un message de paix éternelle, à l’image de la colombe de la paix peinte par Picasso pour dénoncer la folie des hommes de guerre. En tout cas, c’est ainsi que j’ai ressenti cette chanson et c’est pour cela que j’ai traduit le titre « Nisko słonko » (littéralement « Soleil couchant« ) par « Oiseau de paix » qui me semble mieux adapté (texte ci-dessous, en bas de la colombe)***.

colombe-picasso-1949

(***)

NiskoSlonko